mousse utopique

mai 28, 2007

Elle avait été abandonnée par ses pairs. Elle était seule au monde comme chantait Corneille. Elle ne savait pas vers qui ou quoi, en fait, se tourner. Elle savait et comprenait que ses jours étaient comptés, et après mûre réflexion, elle s’était dit qu’elle préférait profiter de chaque moment offert plutôt que d’angoisser à l’idée de s’envoler vers un monde supposément meilleur. Elle s’était terrée dans un recoin douillet qui lui proposait un réconfort passager mais ô combien apprécié. De tous les petits moments de bonheur qu’elle pouvait avoir, aussi minimes soient-ils, ceux où elle pouvait profiter du soleil lui procuraient une extase indescriptible. Parfois, lorsqu’elle se vitaminait aux rayons lumineux, il pouvait venter tellement fort qu’elle devait s’agripper solidement à sa serviette, sinon elle s’envolait telle une poussière de pollen aéroportée au printemps. Chaque fois, elle s’esclaffait, elle jubilait sous les bourrasques : le mouvement, les effluves frais et enivrants, la chaleur, tout lui semblait comme dans un conte de fées. À défaut de mener une vie de princesse, son imagination se prêtait facilement au jeu. Elle souriait.

Un jour, alors qu’elle se laissait bercer par les caprices du vent, elle avait fait fi des nuages menaçants qui s’attroupaient au-dessus de sa minuscule tête. Ce qui devait arriver arriva : une pluie torrentielle et soudaine se mit à tomber. Incapable de lutter contre les violentes rafales et la flotte, elle manqua de force et lâcha prise.

Sa vie s’envolait ainsi vers un monde supposément meilleur.
Qui a dit que la vie d’une mousse de serviette était facile ?

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