Archive for août 2007
absence de mots
Je n’ai jamais vraiment aimé dans la vie.
Non, évidemment, ce n’est pas vrai. Il y a eu Mon Amour. Mon seul et unique. L’authentique. Mais je l’ai perdu.
Il a couru dans le sens opposé d’où venait la tempête de questionnements. Moi.
Ce que tu ne sais pas, c’est qu’il m’arrivait de te regarder dormir toute la nuit. Je m’asseyais sur le caille spiralé, tout juste à côté de la fenêtre et des plantes vertes. La plante araignée que ta mère nous avait donnée. Magnifique appart du Plateau. Typique. Tout croche. Tu avais l’air bien, tout entortillé dans les draps, avec une jambe sortie. La gauche. Je me demandais à quoi tu rêvais, à qui tu rêvais, ce qui se passait. Je voyais tes paupières qui tressaillaient sous l’émotion chimérique. Je te fixais, je te souriais, dans la nuit opaque. Je m’étais déjà sentie de la sorte avant, mais on dirait que ça m’arrivait pour la première fois. La première vraie fois. C’était beau. J’avais le cœur qui me débattait. Débat amoureux. Je me comptais vraiment chanceuse de partager plein de petites douceurs, de grandes valeurs. Même si je ne le montrais pas. Même si je ne voulais pas. Tu aimais les levers de soleil pour pouvoir te recoucher après. Viens, défais le lit avec moi. Chaque fois que tu ouvrais la bouche, je me disais que je devrais écrire tes mots. Les mettre sur papier, m’en inspirer. Ne jamais les oublier. Au cas où les syllabes venaient à manquer. Ou les consonnes. Ou encore les voyelles.
J’étais si heureuse d’être ici, si heureuse de pouvoir dormir à ta gauche, si heureuse de te connaître. Si heureuse de faire partie de ta vie.
Oui, si.
Je voulais que tu me joues une mélodie. J’avais envie de ta délicatesse. De la chaleur de tes caresses. Je voulais défaire le lit avec toi. Me réfugier tout contre ta poitrine, nue. La légère brise de fin d’été balayait ta crinière bouclée, ton odeur venait jusqu’à mes narines, je fermais les yeux. Et je profitais. Je profitais de l’immobilité de nos vies nocturnes, de mon insomnie. Je me laissais infuser comme une vieille poche de thé qui sait que ses minutes sont comptées. Le mélange des saveurs se fait moins intense. Ou épicé. Ou sirupeux. Mais ô combien réconfortant. Et tellement rassurant après la première gorgée. C’est ce que tu étais pour moi : un réconfort savoureux. C’est ce que tu es toujours d’ailleurs.
En te regardant, perchée sur mon caille spiralé, je me demandais souvent dans l’opacité de la nuit, pourquoi ? Pourquoi étais-je incapable de donner, comme arrêtée dans un élan d’authenticité ? Pourquoi tant d’ambiguïtés occultées ?
Simplement parce que.
Même si.
Sauf que.
Et c’est là que tu.
Add comment août 28, 2007
inquiétude
Je me suis levée ce matin avec la sensation de ne pas avoir dormi. Insomnie. Encore.
Toute la nuit, j’ai réfléchi. Encore. Et assise sur mon futon ce matin, café bien chaud en main, Emily qui chante si bien, Our Hell, je décrasse mon passé, ressasse mes tourments enfantins. J’ai peur. J’ai peur de devenir comme ma mère. Ce n’est pas une crainte du moment, c’est une angoisse perpétuelle, intarissable. Phobie constante depuis mon enfance. Tout ce que je ne veux pas devenir dans la vie, c’est ce qu’elle est. Tout ce que j’aurais voulu qu’elle soit, elle ne l’est pas. Réalité qui rentre dedans comme un troisième shooter de vodka. J’aime ma mère comme un enfant se doit d’aimer un parent. Mais sans plus. Aucune complicité, aucune compréhension, aucun lien. Rien. Non, juste de l’hérédité en fait. Je porte le poids sur mes épaules depuis si longtemps. Je la porte. J’ai le dos large, mais aujourd’hui, j’ai les deltoïdes en feu. Je ne suis plus capable. La volonté n’y est pas, n’y est plus. J’ai peur. Je crains le jour où une personne me dira à froid : T’es ben comme ta mère. Je réalise que je t’ai perdu en partie à cause d’elle. Disparu, sans que je puisse comprendre que j’avais été brainwashée comme si je faisais partie d’une secte. David Koresh. Sans même saisir ce que tout ça signifiait. Je me suis refermée, j’ai accepté, contre mon gré, de tout laisser derrière moi, ma vie passée, mon évolution à tes côtés plutôt incertaine, quelques vêtements adorés, mon odeur, mon parfum subtil que tu aimais. Mais la crainte, cette angoisse maternelle, est toujours bien présente. Comment puis-je être aussi fière des gênes légués par mon père, tant son impatience légendaire que son cœur gros comme la Terre, et réfuter l’idée d’avoir été attachée ombilicalement parlant à ma maman ? Contradictions instantanées. Je sais. Mais j’ai peur. Les cheveux blancs, trop présents, sont là pour le prouver. Déjà trente ans passés, et je viens de constater l’étendue de mon effroi. Comme ma mère, j’ai peur de m’accrocher, le «nous» me fige, les relations sont toujours nuancées, voire appréhendées. Création de problèmes inexistants. Siphonnage de toute vitalité. Vide. Ou presque. J’aime ma mère, mais je ne voudrais pas devenir comme ma mère. Non.
Et assise sur mon futon ce matin, café refroidi en main, je réfléchis. Je me dis que je suis épuisée de toujours comparer. Fatiguée de ruminer mes craintes maternelles, d’être jugée. Déprimée de toujours penser au passé quand mon présent mérite d’être vécu complètement. C’est ma décision du moment, mon désir le plus ardent, soit de vivre ma vie autrement.
2 comments août 26, 2007
oui, vraiment.
Quatre mois se sont écoulés. Déjà. Je n’ai plus de contacts, mais la corde qui me retient est toujours là. Je suis toujours attachée, difficile à expliquer. Je garde en mémoire les moments, les soirées qui m’ont permis de découvrir une personne tout à fait exceptionnelle, hallucinante. J’en conserve un souvenir impérissable. J’ai arrêté de compter les fois où je m’excusais, où je m’en voulais, où je m’ennuyais. It’s too late to apologize. J’ai cessé d’imaginer que tu dormais à mes côtés, j’ai cessé de sentir tes bras m’entourer, tes lèvres se déposer, tes yeux me dévorer, j’ai cessé de vouloir appuyer mes mains dans le creux de tes reins et créer un univers commun. Notre petit royaume. J’ai arrêté de penser que tu étais le rêve et la perfection. Je rêve plutôt à cette perfection. Mais, j’ai besoin de toi comme un cœur à besoin de battre. Essentiel. Vital. Je m’en remets péniblement. Arythmie. Chaque nouvelle journée, je me punis de t’avoir trahi. Chaque nouvelle journée, je soupire, je prétends que tu n’es pas unique, que je pourrai te remplacer, que tu n’es qu’une chance passée. Le matin vient, laissant le jour serpentant comme mes plus folles aspirations. Quatre mois se sont écoulés et par tous les moyens, j’ai tenté de t’oublier. Les failles, les rechutes, les baisers volés, les nuits endiablées, rien n’efface l’image gravée, les gestes posés, les sous-entendus lestes. Vraiment rien. Plus les jours, les mois avancent, plus la corde se resserre autour de ma taille, tout comme le nœud que j’ai dans le fond de la gorge qui m’empêche d’avaler mes larmes.
Tu me manques.
2 comments août 24, 2007