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le temps

Le souvenir trotte dans ma tête, telle une image claire, précise et concise, tel un arc-en-ciel traversant des nuages opaques, telle une éventuelle douleur me transperçant tout en douceur. Le reflet de ce souvenir n’aurait pu être plus présent qu’à l’instant même où ces mots s’évadent de ma tête. Bienveillante violence des cœurs qui s’accrochent, qui s’écorchent, simplement pour s’affronter, pour comprendre qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Que nous sommes faits l’un pour l’autre. Mais que la réalité est tout autre.

Tu marchais du côté opposé de la rue où je me trouvais. Sourires impeccables. Discussion endiablée. Attirance inexpliquée. Tu m’as dit que tu pouvais facilement tomber pour une belle étrangère aux prunelles exquises. Des promesses. Tous ces beaux discours que tu avais pour moi, toutes les combinaisons de mots que tu arrivais à jumeler pour formuler des phrases fantastiquement compliquées, mais jouisssantes, me laissaient rêveuse dans des endroits inusités. Tu as fait exploser mon cœur dilaté. Partout il s’est répandu, partout il s’est étendu.

Partout tu voulais m’embrasser, me serrer, me regarder, m’effleurer, me caresser de la tête aux pieds.

Tu m’as dit que tu m’aimais de tes yeux doux, scintillants comme les étoiles au-dessus de nos têtes. Tu m’as dit que tu m’aimerais jusqu’à ta mort. J’hésitais. Mais j’ai succombé à ton charme, à toi, à ta personne. Sitôt tu es parti. Tu m’as laissé tomber quand je t’ai avoué que je ne pouvais tout faire, sauf pour toi. Tu m’as laissé tomber quand je t’ai avoué que je ne pouvais rien faire, sauf être follement amoureuse de toi. Tu m’as fui. Tu t’es réfugié dans une autre vie.

Avec l’amour vient supposément l’éternité. Comme tu me l’avais promis pendant cette première nuit. Mais tu n’as su résister. Le temps. Tu n’as pu t’empêcher. Le temps. Tu m’as répété que le timing était mauvais. Le temps. Tu m’as demandé si je comprenais. Non, évidemment. Donne-moi du temps.

Maintenant, je ne suis qu’une fille ordinaire, un numéro parmi tant d’autres. Une baise volatile, vaporeuse. Un oubli pour toi. Un amour perdu pour moi. Incapacité d’assumer ce que tu es. Volonté que tu m’appartiennes à jamais. Malgré tout

Tu m’as dit :« Toi et moi, Mon Amour, t’en penses quoi ? »
Tu es disparu sans même attendre ma réponse.
Sans laisser de trace. Ou une ombre.

Maintenant, la seule façon de t’embrasser se trouve dans les alexandrins rythmés que j’écris sans t’avoir à mes côtés, seulement en pensées.
Maintenant, j’apprends de la pire façon que les plus beaux rêves ne deviennent pas toujours réalité.

Maintenant que le temps s’est arrêté, je m’ennuie.

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