absence de mots

août 28, 2007

Je n’ai jamais vraiment aimé dans la vie.
Non, évidemment, ce n’est pas vrai. Il y a eu Mon Amour. Mon seul et unique. L’authentique. Mais je l’ai perdu.
Il a couru dans le sens opposé d’où venait la tempête de questionnements. Moi.

Ce que tu ne sais pas, c’est qu’il m’arrivait de te regarder dormir toute la nuit. Je m’asseyais sur le caille spiralé, tout juste à côté de la fenêtre et des plantes vertes. La plante araignée que ta mère nous avait donnée. Magnifique appart du Plateau. Typique. Tout croche. Tu avais l’air bien, tout entortillé dans les draps, avec une jambe sortie. La gauche. Je me demandais à quoi tu rêvais, à qui tu rêvais, ce qui se passait. Je voyais tes paupières qui tressaillaient sous l’émotion chimérique. Je te fixais, je te souriais, dans la nuit opaque. Je m’étais déjà sentie de la sorte avant, mais on dirait que ça m’arrivait pour la première fois. La première vraie fois. C’était beau. J’avais le cœur qui me débattait. Débat amoureux. Je me comptais vraiment chanceuse de partager plein de petites douceurs, de grandes valeurs. Même si je ne le montrais pas. Même si je ne voulais pas. Tu aimais les levers de soleil pour pouvoir te recoucher après. Viens, défais le lit avec moi. Chaque fois que tu ouvrais la bouche, je me disais que je devrais écrire tes mots. Les mettre sur papier, m’en inspirer. Ne jamais les oublier. Au cas où les syllabes venaient à manquer. Ou les consonnes. Ou encore les voyelles.

J’étais si heureuse d’être ici, si heureuse de pouvoir dormir à ta gauche, si heureuse de te connaître. Si heureuse de faire partie de ta vie.

Oui, si.

Je voulais que tu me joues une mélodie. J’avais envie de ta délicatesse. De la chaleur de tes caresses. Je voulais défaire le lit avec toi. Me réfugier tout contre ta poitrine, nue. La légère brise de fin d’été balayait ta crinière bouclée, ton odeur venait jusqu’à mes narines, je fermais les yeux. Et je profitais. Je profitais de l’immobilité de nos vies nocturnes, de mon insomnie. Je me laissais infuser comme une vieille poche de thé qui sait que ses minutes sont comptées. Le mélange des saveurs se fait moins intense. Ou épicé. Ou sirupeux. Mais ô combien réconfortant. Et tellement rassurant après la première gorgée. C’est ce que tu étais pour moi : un réconfort savoureux. C’est ce que tu es toujours d’ailleurs.

En te regardant, perchée sur mon caille spiralé, je me demandais souvent dans l’opacité de la nuit, pourquoi ? Pourquoi étais-je incapable de donner, comme arrêtée dans un élan d’authenticité ? Pourquoi tant d’ambiguïtés occultées ?

Simplement parce que.
Même si.
Sauf que.

Et c’est là que tu.


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