ce matin

septembre 16, 2007

Cinq heures du mat. J’ai pleinement conscience que l’obscurité pèse lourd dans mon dos. Le ciel se réveillera tranquillement et se manifestera par des nuages onctueux et des bribes timides d’un soleil somptueux. Une autre belle journée s’annoncera. Mais je ne tiens pas à ce qu’elle commence. J’aimerais que la nuit m’avale encore, m’engloutisse goulûment. Tourbillon de tourments. Je sens ton haleine sucrée. Tes bras enlacés. Ton corps chaud. Je sens l’indifférence dans tes silences. Dans ton silence matinal. Je sens ton amour ceinturé, je me sens enveloppée, mais je ne te sens pas, toi.

Chuchoter ton nom dans la nuit à moitié éveillée.

L’appartement est ombragé comme s’il devinait notre avenir. Il s’adapte au fil des journées. J’ai l’esprit confit. L’amour n’est-il pas un ange déguisé ? Il me semble que l’épanouissement qui m’assaillit demanderait une réflexion approfondie. Étrange impression de jamais-vu. C’est encore difficile d’expliquer ce qui se passe. Il reste tant. Tout comme il reste encore un peu de ta saveur dans ma bouche, de passé dans tes sourires, de faiblesse dans tes mouvements, de blessures dans tes questionnements. Ou encore des endroits que je n’ai pas embrassés sur ton visage. J’ai savouré tes lèvres, goûté ton nez, salivé tes joues, mais ton front. Pourquoi ne me suis-je pas encore délectée de ton front ? Aucune idée. Chaque jour, tu avances un peu plus vers moi. Près de moi. Tellement que ma vue s’embrouille. Mes genoux fléchissent. Fébrile, je m’accroche. Je patiente.

Chuchoter ton nom dans la nuit à moitié éveillée.

Après tout ce temps, ton chant est toujours dans mes oreilles. Il reste des mots que j’aspire à entendre, après tout ce temps, encore. Pour nous, notre nous, ce que j’aimerais ce serait d’écumer nos pensées, fracturer nos histoires, vaincre la sensation de déjà-vu. Pour toi. Pour moi. Pour une fois, être aveugles et sauter à pieds joints par-dessus notre envie de voir à tout prix. Cesser de bouder le bonheur, fermer les fenêtres avant les orages. Parler avant les ravages.

Chuchoter ton nom dans la nuit à moitié éveillée.

Ce matin, je vais traverser le parc et capter des détails qui embellissent l’existence. Je vais m’inspirer de l’harmonie des oiseaux, du vent qui fait chanter les arbres, de l’humidité automnale qui réchauffe mon cœur. Avant de quitter l’appartement, tu prendras ma main dans la tienne et tu marcheras avec moi d’un pas alerte, mais lent, les vingt-sept enjambés qui séparent le salon du balcon. Tu déposeras délicatement un baiser sur ma bouche en me souhaitant une belle journée. Tu te pencheras afin que je puisse me délecter de ton front, pour la toute première fois.

Après avoir chuchoté ton nom dans la nuit à moitié éveillée, tu m’as répondu d’une voix que je ne reconnaissais pas. J’ai chuchoté encore ton nom, un peu affolée. Tu m’as répondu à nouveau que j’étais aimée.

À cinq heures du mat, pour la toute première fois, après tout ce temps, je t’ai senti.

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