Archive for octobre 2007
merde
Jamais je n’aurais cru le ressentir si intensément. Honnêtement, ça m’écœure. Mais c’est venu aussi naturellement que les crocs-en-jambe que je m’inflige moi-même.
M’enfarger est inné.
Je me sens un peu déboussolée, le même genre de désorientation éprouvée quand j’ai compris que toutes les lettres, tous les courriels écrits depuis les deux ou trois dernières années où j’expliquais mes émotions, où j’avouais mes sentiments les plus secrets, circulent peut-être encore. Ce sont toutes les fois où j’ai écrit avec mes tripes, où mes doigts avaient de la difficulté à maintenir le rythme des syllabes qui me traversaient l’esprit, où j’ai compris que ma vision de l’univers avait changé à cause d’une personne que je qualifiais d’exceptionnelle à ce moment-là. Ce sont évidemment toutes ces occasions où je me sentais à la hauteur alors qu’en réalité, j’avais une trouille atroce, où j’étais follement et aveuglement amoureuse. En fait, je déteste l’idée que ces lettres, mes mots, existent encore quelque part. Non pas à cause des propos soulevés, tantôt naïfs, tantôt remplis d’espoir, mais plutôt à cause de l’étalement de mes sentiments, de mes émotions auprès de personnes souvent connues d’une façon purement superficielle. Ces mots représentent les plus beaux moments de vérité et d’authenticité qui sont aujourd’hui impossibles de renier ou d’oublier.
C’est pourquoi je suis désenchantée (oui, tout est chaos).
Ça m’a frappée ce matin : je suis jalouse.
Fallait ben que ça finisse par arriver. J’aurais préféré m’enfarger.
shit.
Add comment octobre 24, 2007
possibilité
Maintenant que tout a été dit, maintenant que tout a été fait, maintenant que les au revoir ont été laissés en suspens, je me questionne sur mon bonheur, et le tien en fait. Ton cou a la même odeur que le sien. Mais le tien sent meilleur.
Comment te sens-tu ?
J’ai envie de m’éclipser, de disparaître pour mieux réapparaître, ailleurs, entourée de gens mystérieux aux parfums différents. Réapparaître sous une autre forme et te tourmenter. J’ai peine à me rappeler la façon dont tu m’aimais, si aimer faisait partie de tes qualités. Trop de secrets gardés, trop de discussions infinies, trop d’amour inachevé. Trop, mais jamais assez.
J’aurais dû t’appeler, mais j’ai attendu. J’aurais dû te parler, mais m’écouter ne faisait pas partie de tes priorités. J’aurais dû m’avancer, mais je me suis arrêtée pour te regarder. Je me tiens au même endroit depuis, immobile, pour ne pas t’effrayer, convaincue que ma chance reviendra. Tu m’avais promis.
Dis-moi ce que tu as à dire, raconte-moi ce que tu tiens enfoui, dissimulé dans un recoin, parle-moi de tes sentiments clandestins que tu n’oses avouer, que tu n’oses espérer. Explique-moi, je t’écouterai. Et si tu crois que je pense encore à toi, je ne te mentirai pas. Et si tu crois que tout mon être t’appartient encore, tu n’as pas tout à fait tort.
Je n’aimerais pas me réveiller en sachant que tu n’es pas là, profondément endormi comme avant. Je n’aimerais pas me réveiller en sachant que je ne suis plus rien pour toi.
Ce matin, tes yeux ensommeillés en disaient long. Et comme cette ville que tu as visitée à mes côtés, tu es rempli de magnifiques contradictions…
Add comment octobre 19, 2007
histoires de métro
Métro de Montréal, un mercredi matin plutôt ordinaire et brumeux, retard au boulot pour faire changement. J’ai les deux yeux encore collés, des mitaines rayées malgré la chaleur humaine qui se dégage des gens qui m’entourent, des souliers avec des pois et des trous dans mes bas. Wishbone me défonce les oreilles et agace probablement toute la faune autour de moi. Je m’en fous éperdument. Il y a définitivement des jours comme ça où j’aurais préféré rester en pyjama couleur prune à écouter de la musique toute la journée sans trop me faire de souci, sans trop m’en faire avec la vie. Ou avec les erreurs. Ou avec les rechutes.
Malgré ma brume matinale et mes restants d’rêves au coin des yeux, je me surprends à épier ces personnes qui sont assises, debout, partout dans le métro. Ce n’est pas dans mes habitudes; d’ordinaire très timide et munie d’œillères, j’aspire à faire le chemin qui me sépare du bureau le plus rapidement possible, question d’empêcher les gens de m’analyser également. Du coin de l’œil, j’épie Madame et Monsieur Tout le Monde qui se tiennent par la main, l’ado en crise acnéenne aiguë, le ti-loup qui a un sac à dos tellement grand qu’il pourrait se glisser à l’intérieur pour échapper aux monstres cachés sous son lit. À ma gauche se trouve une madame d’un certain âge, tout en beauté, très sobre, coquette, voire un peu baroque. Aucune surabondance de bling-bling ou aucune trace parfumée exagérée, la grande classe. Je l’imagine être présidente-directrice générale d’une grosse boîte, être une requine de la finance tenace ou encore être une avocate sans pitié. Ironiquement, elle lit un livre de Danielle Steel avec tout l’intérêt du monde. Peut-être manque-t-il un peu de piquant dans sa vie ? Je remarque qu’elle n’a pas d’alliance à l’annulaire. Ses yeux sont tristes et gris sous ses lunettes griffées, son teint est blafard. Malgré la réussite qui lui sort par les pores d’une peau traitée toutes les semaines chez Lise Watier (peut-être), malgré sa beauté, malgré son élégance, peut-être est-elle (encore) à la recherche de l’amour avec un grand A, un grand M, un grand O, un grand U, un grand R ? Peut-être vise-t-elle trop haut ? Peut-être se ment-elle ? Peut-être vient-elle de se libérer d’un mari-vampire gothique, suceur d’argent et hanté par les jeunes biches blondes de 20 ans ?…
Pendant que je divague sur les multiples possibilités relationnelles de Mme BCBG, mes yeux se sont arrêtés sur une autre dame. Tout le contraire de l’autre. Aucune richissisme extravagance, aucun attrait particulier, aucun style en fait. Peut-être est-elle traductrice ? écrivaine ? professeure ? chimiste ? Peut-être est-elle commis d’entrepôt chez Home Depot ? Honnêtement, je n’arrive pas à une conclusion satisfaisante. Elle lit un livre de Noam Chomsky. Le même livre d’ailleurs que j’ai eu à me taper dans mes cours de linguistique à l’université. Ça m’étonne. Elle lit avec passion; on dirait que ses yeux bleus brillent d’enthousiasme. Elle respire l’intelligence. Mécaniquement, je recherche sa main gauche : elle a un anneau. A-t-elle trouvé cet amour dont on ne peut se passer deux secondes ? Est-elle amoureuse au point où respirer lui fait mal ? Possède-t-elle encore cet appétit insatiable qui caractérise si bien les premiers ébats ? Sans même m’en rendre compte, ses yeux se sont perdus momentanément dans les miens; sourire en coin…
Tous ces détails réveillent en moi des questions : laquelle des deux est la plus heureuse ? la plus épanouie ? la plus complète ?
Laquelle des deux éponge sans répit les défaites, essuie les revers, pleure le soir quand elle revient à la maison, une maison déserte, vide de sens ?
Laquelle des deux sourit à la vie ?
La station de métro où je descends habituellement m’attend, les portes toutes grandes ouvertes. Je réussis à me faufiler entre les différentes senteurs humaines, accompagnée de mes questions qui me suivent à la queue leu leu. Je suis chanceuse de me trouver où je suis aujourd’hui, malgré les sourcils froncés laissés par une rechute que j’aime de tout mon être, malgré les maux de cœur que tu me donnes et me donneras toujours, malgré les déceptions qui n’en sont pas, malgré mon éternel optimisme quand je te vois.
(sourire en coin)
Sans même le savoir et sans anneau, je ne pourrais aspirer à mieux…
1 comment octobre 17, 2007