Archive for 8 novembre 2007
routine
Tous les matins, je me lève à la même heure. Presque. Tous les matins, je lis mon journal en commençant par le cahier des arts et spectacles et en sirotant mon café, le premier d’une longue série. Tous les matins, je me dis que demain, je devrais m’entraîner. Tous les matins, je répète la même routine. Je marche d’un pas effréné, accompagnée de mon iPod vert, et je m’assieds dans le métro en face de la même petite madame qui, à mon avis, semble très sympathique. Je marche sur Saint-Denis et je maudis, malgré une forme physique plus qu’acceptable, la mini pente avant la rue Sherbrooke. Je rencontre les mêmes squeegees, le même petit monsieur itinérant qui pue et le carré Saint-Louis, que je traverse tous les matins. Tous les matins, j’essaie d’éviter la vingtaine de quêteux. En toute honnêteté, à 9h30, je gère très mal leur haleine éthylique. Tous les matins donc, depuis les deux dernières années, c’est ma routine à laquelle j’adhère sans même me poser de questions; mes pieds avancent, mon esprit réfléchit et ma bouche fredonne timidement les notes mélodieuses et éclectiques chantées par les Kate, Emily, Martha, Peter, Imogen, Torq, Amy, Sally, Regina et autres. C’est comme ça, je n’y peux rien.
Sauf ce matin.
Ce matin, je me suis arrêtée et j’ai observé tout autour de moi ce qui se passait. Rien. Le carré était désert, vide de vie mais vivant de sens par les feuilles encore accrochées, la respiration papillotante de la terre et la pluie qui nourrit un gazon frissonnant. J’ai fermé les yeux afin de les ajuster à la réalité, j’ai cligné des yeux afin de comprendre la lumière filtrée par les arbres et l’étourdissement de mes pensées. Ce matin, en traversant le carré, j’ai compris que ma routine allait changer.
J’avais oublié que la pluie rendait tes yeux un peu plus gris. J’avais cette image de toi qui me laissais tremblante à tout coup, comme les feuilles perchées bien haut sur leurs branches, balancées par un vent glacial. Ton corps était une carte où j’aimais me perdre. Jamais une personne ne m’avait fait perdre le nord de la sorte. Non, jamais. Tu m’éblouissais dans l’obscurité, dans ta splendeur.
Malgré la solitude laissée par un carré désertique d’une journée presque hivernale, je sentais que je n’étais pas seule à grelotter mon passé. Tu étais là, avec moi, malgré tout.
Add comment novembre 8, 2007