sucre d’orge
novembre 27, 2007
16 h 46, un lundi de fin de novembre. J’avais les yeux qui piquaient d’avoir trop lu de mots futiles, agrammaticaux et incompréhensibles. J’avais une migraine qui menaçait de déclarer la guerre, mais incertaine des enjeux impliqués. Le gonflement de mon estomac affamé me donnait des airs de petit Biafra. J’exagère à peine. Je n’avais même pas eu le temps de déposer mon Pilot Hi-Tecpoint V5 extra fine rouge. Toute la journée, il avait habillé ma main droite cicatrisée et il avait barbouillé ma paume de sa bille écarlate. Comme d’habitude. J’étais épuisée. Mentalement. Mon téléphone m’indiquait qu’un message flottait dans ma boîte vocale. J’avais un étrange feeling dans mes tripes. Le son. Le ton. Ta voix. Toujours aussi espiègle, aussi grave, aussi joyeuse. Toujours aussi facile à reconnaître, malgré le bruit ambiant, malgré l’éloignement, malgré l’absence.
Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis notre dernier échange. Physique, purement et simplement. Mais pas uniquement. J’en gardais des souvenirs si vifs qu’il m’arrivait de devoir inspirer-expirer à quelques reprises, question de laisser l’excitation qui s’éveillait en moi diminuer d’intensité. Depuis, j’avais décidé d’oublier les papillons d’énervement qui m’accaparaient la minute où je pensais à toi. Oublier les fois où j’avais attendu dans l’obscurité de ma chambre, notre chambre, que tu viennes me rejoindre. Oublier les heures qui s’égrenaient trop rapidement en ta présence. Chaque fois que je revoyais ces images, je ne pouvais m’empêcher de chanter en boucle I never really cared until I met you, and now it chills me to the bone… Tu avais eu cette emprise; tu avais laissé ta marque. Tellement de promesses avaient été formulées, comme si nous étions continuellement enivrés par nos présences, nos parfums, inconscients de ce qui nous arrivait, de ce qui nous attendait. Nous étions amoureux. L’un de l’autre. Mais nous n’osions l’avouer. Pourtant, nous nous regardions droit dans les yeux jusqu’à ce que nos pupilles se dilatent, jusqu’à ce que l’envie se fasse sentir sur nos lèvres, jusqu’à ce que nos mains deviennent impatientes de retrouver la chaleur qui se dégageait de nos corps nus. Jusqu’à ce que l’envie se fasse entendre. Jusqu’à ce que l’envie soit insupportable. Insurmontable. Inépuisable.
Cet été-là, tu avais été ma rechute. Tu avais fait briller mon cœur. Tu n’avais aucune idée depuis combien de temps je voulais effleurer ta bouche et sentir ta poitrine se gonfler dans mes bras. Contre moi. J’en avais des frissons.
Et cet été-là, nous avions été amoureux. L’un de l’autre. Tu avais posé ta tête sur mes cuisses et nous avions discuté. Ma main silonnait tes cheveux parsemés de minces filets blancs, elle effleurait ton bras; mon regard caressait tout ton être. Mon cœur t’aimait. À ma façon, j’avais laissé une marque subtile.
16 h 46, un lundi de fin de novembre, ta voix enregistrée et lointaine enveloppait mon oreille. Elle avait l’effet d’un sucre d’orge qui se dilue, tranquillement, laissant échapper un petit goût caramélisé et sucré. Réconfortant.
Je savais que ce soir, je pouvais t’attendre dans l’obscurité de ma chambre, qui n’était plus la tienne. Ou la nôtre. Je savais que tu serais là avant moi. Pour moi. Malgré ton impatience légendaire, tu aurais pris tout ton temps. Et malgré la gêne causée par les quelques mois d’éloignement, nous savions que nous serions à nouveau amoureux. L’un de l’autre. Pour une nuit, au moins.
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