perspective différente

janvier 8, 2008

All the umbrellas in London / Couldn’t hide my love for you…

Comme il aurait aimé avoir eu la présence d’esprit de lui chantonner ces douze petits mots dans le creux de l’oreille. Comme il aurait aimé sentir sa peau se hérisser à nouveau de frissons au contact de sa bouche sur son cou. Mais il n’en n’avait pas eu le courage. Par manque de couilles. Et il était maintenant trop tard. Il devait réapprendre à entrelacer ses doigts avec ceux d’une inconnue éphémère, à joindre son corps, inconsciemment amoureux d’une autre, à celui d’une femme qu’il cherchera sans doute à oublier afin d’immortaliser à jamais celle pour qui sa vie s’était divisée en chapitres interminablement heureux. Elle. Sa peau laiteuse, ses yeux pers qui ne voulaient rien laisser paraître, cette bouche dont il ne voulait se départir, ses seins chauds où plus souvent qu’autrement ses mamelons trahissaient tout le plaisir qu’elle ressentait, c’est ce qu’il souhaitait retrouver. Elle. Elle qui avait osé se tenir bien droite devant son désintérêt, elle qui l’avait alors repoussé, refusé puis aimé plus qu’il ne l’aurait souhaité. En moins de deux, il en était éperdument tombé amoureux. Partout où il allait, il entendait son sourire, il respirait sa lumière, il jouissait de sa présence parfois réelle, parfois utopique. Elle était un mystère. Son mystère. Combien de fois s’était-il imaginé sans lendemain, sans elle, combien de fois s’était-il épouvanté à l’idée de ne plus voir son visage s’épanouir à la lueur du soleil printanier ? Ou de ne plus entendre ses bonjours enchanteurs des petits matins enchantés ? Il vivait chaque journée comme si c’était la dernière. Ne rien tenir pour acquis et vivre à tout prix, telle avait été sa devise. Rien n’est éternel, même l’amour qui se sentait de la racine des cheveux jusqu’au bout des orteils, comme un fourmillement continu, une profonde excitation en forme de boule dans le creux de la gorge. Non, même pas cet amour-là.

Elle s’était exilée, partie. Enfuie. Amour corrompu. Amour déchu.

Il y avait pourtant cru. Son espoir incandescent l’avait fauché sans pitité. Privé de sa présence, il se sentait pauvre, silencieux, inutile. L’angoisse montra son visage et le força à parler son langage. Il n’aimait pas. Toute sa vie, il avait connu soit l’amour blanc, soit l’amour noir. Jamais d’entre-deux. Jamais heureux. Gris. Toute sa vie, il croyait que l’amour était soit bien, soit mal. Jamais d’émerveillement satiné. Elle lui avait permis de connaître l’amour magnifiquement coloré, scintillant. Ses souvenirs n’étaient plus qu’une image brouillée et censurée. Il trouvait sa mémoire cruelle. Il apprit à écouter à travers le silence, à surcharger sa bouche de mots qu’il aurait aimé pouvoir partager. Avec elle. Sa langue prenait des airs mesquins de lame à double tranchant. Ses mots se découpaient sous son incapacité. Ses mots trahissaient son immobilité, ses pensée. Ses non-dits étaient laissés en suspens. Par manque de couilles. «Je t’aime», qu’il se répétait incessamment. «Je t’aime.»

Entry Filed under: éclipse de lune. .

2 Comments Add your own

  • 1. MissPrincesse  |  janvier 13, 2008 at 2:52

    J’aime beaucoup beaucoup comment tu écris, c’est très beau, très littéraire, les mots coulent doucement sur la page. Je viendrai sans aucun doute faire un tour souvent sur ton blog !

    Répondre
  • 2. stella26  |  janvier 13, 2008 at 11:36

    Tu décris là probablement plus d’hommes que l’on pense. C’est très beau. Tu as beaucoup de talent!

    Répondre

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