Archive for 27 janvier 2008
libération conditionnelle
Il m’avait parlé. Comme avant.
Il m’avait tout simplement dit : « Parle-moi, parle-moi, comme avant Ma Chérie. Je sais qu’il fait froid, je sais qu’il est tard. Viens avec moi. »
Depuis un bout déjà, on s’éloignait, on ne s’écoutait plus. Depuis un bout déjà, on suivait côte à côte le cours de l’eau, sans le détourner. Ou l’enjamber. Le mettre au défi plutôt. Chaque fois, comme par le passé, le souffle m’avait coupé à la simple vue de ton ombrage. Et en ce moment, j’essayais de reprendre tant bien que mal une respiration un peu plus normale, une respiration qui se révélait légèrement capricieuse depuis ton arrivée.
« Parle-moi, parle-moi. Ton cœur est mien, tes sentiments sont nôtres. Je sais que ça fait longtemps Ma Chérie, prends-moi dans tes bras. J’ai besoin de te sentir près de moi, avec moi. »
Nos souvenirs, notre sang, tout avait été partagé, tout avait été cimenté. Je croyais détenir l’amour véritable absolu, j’assumais la libéralité de notre bonheur. Je ne pensais pas avoir perdu l’émotion. Ou la raison. Mais en dedans, tout était coincé, comme engorgé. Un gros sanglot pris au piège. Collet tendu. Ce n’était que de l’amour, mais ne devait-il pas nous rendre plus forts ? Oui, ce n’était que de l’amour, mais un amour dégrisé. Absent. Pendant longtemps. Il y avait une partie de toi que j’essayais d’atteindre, une partie dont je ne connaissais pas encore l’existence. Le combat éternel. Lutter contre l’apprentissage de la parole quand prétendre est beaucoup plus facile. Le défi. Tu m’avais gavée d’amour et j’allais en crever dans un moment de vertige incontrôlable, infranchissable. J’étais prisonnière et toi, inévitablement, prisonnier. Pour des raisons différentes. Histoire d’amour en loop semblable à une chanson d’Imogen, mais sans la beauté, sans la frénésie, sans la mélodie, sans la poésie. Simple mélancolie. Toujours le même point de départ, toujours le même point d’arrivée. Toujours la même déception. L’illusion.
« C’est de l’amour Ma Chérie, avec ou sans faille », que tu agonisais. « Suffit de voir le monde dans lequel on grandit avec nos yeux d’amoureux. »
Aveuglement imprévu.
Tu m’avais parlé, je t’avais écouté. Comme avant. Mais j’avais vraiment trop froid. Et il était définitivement trop tard. Je venais d’enjamber notre passé, d’exorciser mon cœur trop longtemps condamné. Ou déchiré. J’étais enfin libérée.
Add comment janvier 27, 2008