Archive for février 2008

quand les tripes parlent plus fort que la raison

petite sœur :

La première fois que tu es partie, ça n’avait duré que quelques semaines. Je m’en souviens encore comme si c’était hier. Tu es partie la journée même de ma fête. Ma vingt-cinquième année d’existence coincide étrangement avec mon premier véritable calvaire émotif que j’ai eu l’honneur de vivre. Évidemment, c’est du sarcasme. Et du cynisme. Et de l’ironie. Et beaucoup de chagrin. Merveilleux ingrédients dont je suis manifestement et inconditionnellement sous le joug.

Et maintenant, voilà que je me retrouve au même endroit maladivement émotif, mais avec cinq chandelles de plus à mon gâteau au double chocolat…

Tu sais, j’ai un nouveau tatouage où tu joues un rôle de premier plan. Autant dire que tu fais partie intégrante du personnage que je suis devenu. Tu es ce tout petit point encré, indélébile, qui orne si majestueusement l’angle droit de mon bras gauche. Entourée de spirales familiales, tu représentes un poi(d)s étrangement apaisant et léger. Souriant. Tu sais, les amitiés évaporées, les connaissances éphémères, les gens qui se prétendent des amis, tu m’en avais avertie. Évidemment, la naïveté l’a facilement emporté sur la raison et l’illusion de vouloir en quelque sorte te remplacer, trouver l’équivalent, l’équilibrant, le saisissant. Retrouver ce petit côté rationnel qui me permettait d’éviter les gaffes monumentales…

Tu sais, j’ai mis la main sur le carnet que tu m’avais jadis envoyé. Tu étais au Pakistan je crois; tu vivais des montagnes russes d’émotions et tu surmontais littéralement un amoncellement de tristesse sinueuse. Je me suis empressée de le (re)lire. Je le connaissais par cœur, comme ces fables de La Fontaine qu’on nous faisait répéter jusqu’à ce que vomissement lexical s’en suive. La vue de ton écriture maladroite, enfantine, la lecture de tes pensées, chose que tu as très rarement voulu partager, du moins quand tu étais en chair et en os à quelques villes de moi, me rendent hyper vulnérable. Comme si tu avais besoin d’être à 6 000 km pour me faire part de ce que tu ressens dans ta tête, dans ton corps. Comme si j’avais besoin que tu sois à des milliers de kilomètres de moi pour avouer toute l’importance que tu revêts à mes yeux, et ce, malgré l’éloignement trop éloigné. J’imagine ta grosse face de punaise au sourire diaboliquement charismatique et j’imagine aisément nos prochaines retrouvailles. Un moment donné. Et ça me fait tout chaud au cœur, tout en me faisant sourire et oublier momentanément mes petits tourments existentiels. Un petit bonheur qui vient aviver mes toutes nouvelles pattes d’oie dans mes coins d’yeux de presque trentenaire…

Mais tu sais, cinq mois se sont écoulés depuis les dernières nouvelles. Octobre.
Tu sais, pour une grande sœur, c’est long.
Très long…
Trop long.

Add comment février 27, 2008

nudité écrite

L’apparence d’un monde plus étroit dans la clarté d’une lune qui s’élève bien haut dans la nuit noire rend parfois notre perception insensible à la volupté d’un petit matin nouveau, d’une aventure nouvelle.

+++++

La pluie avait métamorphosé le sable en boue. Une boue de verre. Le vent ployait les branches d’un arbre mis à nu. L’automne. Évolution des saisons et des illusions. Tu m’avais transformée en quelqu’un d’aimé. Je n’étais pas habituée. C’était toutes ces fois où la chaleur des nuits s’était dissoute pour nous laisser danser. Le froid condensé changeait notre souffle en petits nuages blancs compacts. Le rêve. C’était comme cette première fois où je m’étais cachée, enfuie. Vers nulle part. Une heure de solitude pour écouter les voix qui s’élevaient d’un mouvement cadencé, telle une rivière coulant silencieusement sous terre. Torrent impétueux d’émotions. La lumière qui venait jusqu’à ma cachette était aussi douce que les rayons de midi, aussi tamisée que les éclats d’un cœur éclaboussé. Tu étais venu me libérer de mon supplice solitaire en me disant que si j’étais incapable de me souvenir des jours meilleurs, je n’avais qu’à prendre les tiens. Malgré les visages étrangement étrangers, étrangement familiers. Je m’étais sentie séparée, comme les cinq doigts d’une main. Séparée, mais rapprochée. J’avais regardé le soleil se coucher et je me demandais pourquoi. Et comment. Entourée de toute cette rapidité que les gens transpirent par les pores d’une fine peau douceâtre, je m’étais transformée en quelqu’un d’aimé. Tranquillement. Ma mémoire rouillée et érodée avait dressé la liste que tu m’avais donnée : une couverture, quelques allumettes et cette douleur abrutissante dans ma poitrine. Maintenant dis-moi, te souviens-tu des plus jamais ? Des tout ou rien ? Et des je m’en vais ? Je m’étais demandée ce que tu avais bien pu faire pendant mes faux moments de lucidité. Je m’étais demandée comment me distinguer des lunes alors que je n’arrivais pas à me détacher des étoiles. Pendant toutes ces années, la musique et l’espoir d’un amour sans fin m’avaient gardée vivante et vivifiée. Soutenue par la gravité, tant de la situation que d’une attraction, édulcorée par l’incertain d’une vie multicolore, j’avais senti tes bras se resserrer sur mon menu et fragile corps. Je me sentais unie parce que tu m’avais transformée en quelqu’un d’aimé. Décidément, il y a de ces moments et il y a des lunes où l’imparfait d’une situation parfaite me rendait aveugle, où l’absurdité d’un rêve imaginé devient réalité, où l’amour est tout simplement beauté.

Add comment février 18, 2008

histoire sans fin

(Back by popular demands)

Tout avait commencé par un sourire. Rien de romantique, rien d’amoureux. Un sourire. Du déjà-vu, toujours aussi apaisant. De tes yeux où j’avais parfois été capable de lire mes passages préférés, je voyais des étoiles, de toutes petites étincelles d’émotions. Des émotions nouvelles, oubliées. Nouvellement oubliées ? Qui sait, peut-être. C’était parfait. Mais troublant. Je pensais à toi, plus intensément. Je savais que nous avions nos différences, mais la complicité. Ah ! Cette complicité si sublime, propre à ce que nous avons été. J’ai vécu trois mois et trois semaines éclectiques, j’ai vécu de nouvelles histoires, ressenti des émotions que jamais je n’aurais cru ressentir puisqu’elles n’en valaient pas la peine, avec des personnes qui n’en valaient pas la peine. Conclusions probantes. Trois mois et trois semaines complètement effacés de mes souvenirs grâce à tes bras, ta présence, ton odeur. La vie s’est arrêtée, cliché je sais, mais j’ai arrêté de respirer quand tes lèvres se sont à nouveau posées sur ma bouche, mon corps. Soudainement, tout était beau, tout était bon. Je respirais la vie, je goûtais le fruit défendu, je te regardais par l’entremise de ma plus belle tendresse. J’avais envie de l’éternité. De toi. Je n’ai jamais su, sauf à cet instant, qu’une personne pouvait me rendre aussi alerte aux petits comme aux grands plaisirs. Chastes, charnels, lascifs, purs. Éternels. Sentiments bouleversants, abandon total. À cet instant précis, jamais je n’avais connu ce que c’était que de se sentir obnubilée par une réalité qui n’en sera plus jamais une. Omniprésence d’une nébulosité noire au-dessus de ma tête. De nos têtes. Impossibilité d’en faire abstraction. C’est se poser des questions, c’est de ne jamais obtenir de réponses directes par peur de révéler trop de sentiments, ou pour ne pas s’effrayer soi-même au cas où, pour ne pas dévoiler le « je t’aime » qui traîne au fin fond de notre petit cœur trop souvent blessé. C’est aller à l’encontre de ses propres émotions à cause de la couardise. C’est abuser de trois mots, sans jamais en comprendre l’intérêt, les valeurs, les principes. Toutes ces fois où la nuit commençait ici ou là, où tout ce que nous avions à faire c’était d’oublier nos noms, oublier nos craintes et vivre la passion, ressentir cette pulsion infiniment doucette.

C’est toutes ces fois où j’ai entendu le mensonge du chœur qui scandait en écho dans ma tête Tiens bon ! Tiens bon ! Tiens bon ! C’était moi la fille méchante ou l’entre-deux quand tout ce que je voulais, tout ce que je veux, c’était toi. C’est toi.

Tiens bon ! Tiens bon ! Tiens bon !

J’aurais envie de t’attendre jusqu’à ce que je ne puisse respirer, t’attendre jusqu’à ce que tu finisses ton éternel combat, t’attendre jusqu’à la perfection des temps, t’attendre jusqu’à ce que tu viennes cogner à ma porte, discrètement. Je t’attendrais de toutes les façons possibles et imaginables. Je t’ai fait mon deuil, vois-tu, mais le monde qui m’attend est cruel, impassible des émotions transparentes qui m’affligent, barbare vis-à-vis ma petite personne dénaturée, à la dérive et perdue qui ne sait sur quoi s’enraciner.

Tiens bon ! Tiens bon ! Tiens bon !

Pourquoi était-ce si facile ? Pourquoi est-ce toujours aussi facile en ta présence ? J’aimerais me créer des attentes et me dire jamais deux sans trois… au fin fond de mon petit cœur trop souvent blessé, j’y crois encore à notre bonheur à nous deux.

Tiens bon ! Tiens bon ! Tiens bon ?

Add comment février 10, 2008

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