Archive for 27 février 2008

quand les tripes parlent plus fort que la raison

petite sœur :

La première fois que tu es partie, ça n’avait duré que quelques semaines. Je m’en souviens encore comme si c’était hier. Tu es partie la journée même de ma fête. Ma vingt-cinquième année d’existence coincide étrangement avec mon premier véritable calvaire émotif que j’ai eu l’honneur de vivre. Évidemment, c’est du sarcasme. Et du cynisme. Et de l’ironie. Et beaucoup de chagrin. Merveilleux ingrédients dont je suis manifestement et inconditionnellement sous le joug.

Et maintenant, voilà que je me retrouve au même endroit maladivement émotif, mais avec cinq chandelles de plus à mon gâteau au double chocolat…

Tu sais, j’ai un nouveau tatouage où tu joues un rôle de premier plan. Autant dire que tu fais partie intégrante du personnage que je suis devenu. Tu es ce tout petit point encré, indélébile, qui orne si majestueusement l’angle droit de mon bras gauche. Entourée de spirales familiales, tu représentes un poi(d)s étrangement apaisant et léger. Souriant. Tu sais, les amitiés évaporées, les connaissances éphémères, les gens qui se prétendent des amis, tu m’en avais avertie. Évidemment, la naïveté l’a facilement emporté sur la raison et l’illusion de vouloir en quelque sorte te remplacer, trouver l’équivalent, l’équilibrant, le saisissant. Retrouver ce petit côté rationnel qui me permettait d’éviter les gaffes monumentales…

Tu sais, j’ai mis la main sur le carnet que tu m’avais jadis envoyé. Tu étais au Pakistan je crois; tu vivais des montagnes russes d’émotions et tu surmontais littéralement un amoncellement de tristesse sinueuse. Je me suis empressée de le (re)lire. Je le connaissais par cœur, comme ces fables de La Fontaine qu’on nous faisait répéter jusqu’à ce que vomissement lexical s’en suive. La vue de ton écriture maladroite, enfantine, la lecture de tes pensées, chose que tu as très rarement voulu partager, du moins quand tu étais en chair et en os à quelques villes de moi, me rendent hyper vulnérable. Comme si tu avais besoin d’être à 6 000 km pour me faire part de ce que tu ressens dans ta tête, dans ton corps. Comme si j’avais besoin que tu sois à des milliers de kilomètres de moi pour avouer toute l’importance que tu revêts à mes yeux, et ce, malgré l’éloignement trop éloigné. J’imagine ta grosse face de punaise au sourire diaboliquement charismatique et j’imagine aisément nos prochaines retrouvailles. Un moment donné. Et ça me fait tout chaud au cœur, tout en me faisant sourire et oublier momentanément mes petits tourments existentiels. Un petit bonheur qui vient aviver mes toutes nouvelles pattes d’oie dans mes coins d’yeux de presque trentenaire…

Mais tu sais, cinq mois se sont écoulés depuis les dernières nouvelles. Octobre.
Tu sais, pour une grande sœur, c’est long.
Très long…
Trop long.

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