Archive for mars 2008
bordélique
Elle essaie de se réveiller.
De grandir.
D’attendre.
Elle essaie de comprendre, d’écouter, d’être brave, de croire, de tenir son bout, de s’abandonner.
De devenir.
D’oublier.
Elle essaie de changer, d’évoluer au gré des saisons. Il ne veut rien entendre. Elle veut courir, l’attraper pour lui demander s’il est trop tard pour parler de toujours. Encore.
Elle est le tonnerre, il est l’arbre, elle avait du sang dans les yeux. Pour lui. Elle voyait le désaccord dans l’état des choses, elle sentait que sous chaque désir s’en cachait un autre. Dans la noirceur elle s’assoyait, le dos cambré, les jambes croisées, et elle écoutait, retenait son souffle et comptait jusqu’à dix. Un mississippi, deux mississippi, trois mississippi… Les secondes s’évaporaient comme des heures. Il avait fait du vent, il avait fait du bruit, comme un tintement amoureux qui s’écrase sur le sol, il l’avait fait pleurer, il l’avait troublée, il l’avait enragée, il avait donné de la misère à sa vie. Triste réalité.
Mais dans ses rêves à elle, il marchait à ses côtés dans le silence d’un monde en plein éveil. Dans ses rêves à elle, il la dévorait, il la buvait, il l’évoluait. Il la renversait avec la paume de son œil. Et dans ses rêves à elle, il lui parlait et elle oubliait tout ce qu’il lui disait; le doré faisait place au grisé.
Au gris et.
Aux plans époussetés par le vent.
Aux poumons dégonflés, incapables de fonctionner.
À la sauvagerie de l’espérance.
À l’incongru.
Le vague et le mal à l’âme déferlaient sur l’espace inhabité qu’il avait laissé.
Ne pas se retourner, ne pas regarder le passé, ne pas crier démesurément dans sa tête, ne pas s’isoler. Le dos tourné, elle fixera la nécessité afin de conquérir la peur. Elle se laissera envoûter par l’inexactitude d’un bonheur imparfait, par l’adoucissement de la compréhension d’une vie telle qu’elle se présente à ses yeux. En temps et lieu. Elle sera brave et heureuse.
Oui.
« Je saurai être brave et heureuse », c’est ce qu’elle se dit.
1 comment mars 31, 2008
l’orchidée
Je ne suis pas seule, je suis simplement laissée à moi-même. Je m’en porte très bien puisque je suis un peu comme une fleur, une orchidée, qui se laisse influencer par le temps, les événements, les sentiments. Par moments, je ne comprends pas ce qui se passe à l’intérieur de moi, je ne sais pas trop quel type de réponses je suis supposée trouver ou pourquoi je suis ici et non pas là. Sans hésitation, je me laisse bercer par les flots ensoleillés d’un petit matin frisquet ou encore je me laisse consoler par le torrent de baisers soulevés par une brise printanière enjoliveuse. Souvent, je sens qu’on me sème pour mieux me cueillir. Éventuellement. Et parfois, je m’aperçois que je suis fanée, fatiguée, desséchée. Et de tous ces battements manqués, j’ai pu créer un rythme, tantôt insoutenable, tantôt fort agréable. Ça dépend. Je réalise que je cherche, que j’aspire à concrétiser le rêve qui défile en boucle dans mon imaginaire endormi. De l’amour qui aveugle. De la vie qui éblouit. Du bonheur qui rugit.
And in the morning light after the night I fall in love with the light
It is so clear I realize and here at last I have my eyes
Aujourd’hui est une de ces journées aux multiples teintes fades et insipides. Je me suis réveillée avec l’idée d’aller en Italie… en voiture. Peut-être que si je conduis assez vite, je pourrai prendre mon envol vers Florence plutôt que de me retrouver assise devant mon magnifique ordinateur blanc à essayer de comprendre. Parfois j’oublie la magie qu’une lune endosse ou le rougissement d’une feuille à l’automne et j’oublie les pommes qui, année après année, continuent de pousser dans les arbres pour mieux en tomber. Au ralenti. J’aimerais grandir. Être grande et à l’aise avec moi, avec la base, la méchanceté, la tristesse, la perte, le rêve, la croyance, le jeune, le vieux, le brave, le faible, le fort, le sécuritaire, la solitude, le fatigant, la fidélité, l’insécurité, l’attente, le souhait, le respect, la peur, la vérité, la question, le moi-je-sais, le je-me-retiens, le je-m’en-fous. Oui, j’aimerais. Tout comme j’aimerais l’emprunter jusqu’à demain pour que je puisse retrouver l’émotion, la signification. Je fixe, je zieute, je dépose ma tête fleurie, je reste immobile et je me souviens. Je me rappelle que le corps est une toute petite chose fragile et que le cœur peut s’accrocher éternellement, ou en fait, sur ce qui peut paraître une éternité. J’éprouve la crainte de montrer qui je suis réellement parce que c’est tout ce que j’ai. C’est tout ce que je suis. Il y a un motif, il y a une force et il y a le temps. Mais seul le temps choisit son moment. Le moment approprié pour laisser couler les larmes, pour mettre du miel sur tout, partout, pour s’étirer, pour partager les couleurs, pour entendre une voix vieillie et sage nous rassurer, pour se laisser flotter, pour voir les branches s’abandonner, pour me pardonner. J’ai compris que l’air qui pénètre dans un accordéon fait vibrer de toutes petites lames qui, lorsqu’elles sont maintenues enfoncées, produisent une note, un son. Comme l’amour. Laisser l’air entrer, souffler, vibrer, exprimer, enfoncer puis recommencer. Encore. Et encore. Parce que c’est de cette façon que la musique se construit. Se produit.
When all the figures sound retreat the soft skin starts to shrivel
When dreams made real becomes less sweet the orchid and the metal
My sex turns and claws rush in to spill them
And in the morning after the night I fall in love with the light
It is so pure I can arrive without the fear of seeing my eyes
En tant qu’orchidée, j’ai appris qu’aimer sans fin peut blesser et piquer, mais qu’aimer à moitié réveille la peur du regret porté par des mains libres, vidées. Comme un cœur qui continue de battre seulement pour rester en vie.
(The Orchids – Califone)
1 comment mars 19, 2008
pour la postérité
Crier et beugler et frapper.
Oublier les raisons de nos chinoiseries. Poursuivre nos routes puisque les tempêtes n’étaient que passagères. Essayer, du moins. Parfois on glisse, parfois on tombe et parfois on ne se relève tout simplement pas. Rester sonné de toutes ces amitiés ruinées par un baiser.
À la lumière de mes histoires obscures, le feu m’enflammait et l’opacité chantait. Ma silhouette ombragée s’affaiblissait près de la tienne, trop grande, trop forte, trop parfaite ; le fantôme de ta voix résonnait encore dans mon crâne vidé, dans cette ville qui m’était si étrangère, dans ce ciel étoilé rendu trop familier. Écho clandestin et volatil. J’aimerais revenir sur mes empreintes passées pour ne pas entendre le déchirement d’un cœur traumatisé, pour avoir la certitude que tes yeux ne sont ni bleus ni gris, que l’amour ne se trouve pas dans l’appartenance ou dans les objets qui nous entourent, malgré les significations particulières dans les souvenirs qu’ils évoquent. Et j’aimerais revenir sur mes empreintes passées pour prendre le temps de marcher, les yeux clos, main dans la main, les doigts noués, et suivre les traces d’une allégresse secrète, ma détresse silencieuse. Me laisser guider par les chauds rayons, sans me réchauffer. Être complètement secouée de frissons jusqu’à la racine des émotions, les négliger pour les étouffer. Presque. Retenir mon souffle pendant l’engourdissement afin de m’endormir, même quand ça ne me tente pas, même quand je suis incapable de rester éveillée. Même quand je crois mettre fin à mes rêves par le réveil.
J’avais senti mes cordes vocales se désaccorder, la concavité de mes pensées, l’aveuglement volontaire d’avoir voulu regarder directement dans ton cœur. Sans le savoir, tu as été mon deus ex machina, un dénouement inopiné, une tristesse inventée. D’avoir voulu surmonter l’effondrement par la rupture, dominer les amitiés ruinées par un baiser et virevolter vers de nouveaux fondements, les histoires obscures se sont évanouies. Éclipsées.
Comme toi.
1 comment mars 13, 2008