Archive for 19 mars 2008

l’orchidée

Je ne suis pas seule, je suis simplement laissée à moi-même. Je m’en porte très bien puisque je suis un peu comme une fleur, une orchidée, qui se laisse influencer par le temps, les événements, les sentiments. Par moments, je ne comprends pas ce qui se passe à l’intérieur de moi, je ne sais pas trop quel type de réponses je suis supposée trouver ou pourquoi je suis ici et non pas là. Sans hésitation, je me laisse bercer par les flots ensoleillés d’un petit matin frisquet ou encore je me laisse consoler par le torrent de baisers soulevés par une brise printanière enjoliveuse. Souvent, je sens qu’on me sème pour mieux me cueillir. Éventuellement. Et parfois, je m’aperçois que je suis fanée, fatiguée, desséchée. Et de tous ces battements manqués, j’ai pu créer un rythme, tantôt insoutenable, tantôt fort agréable. Ça dépend. Je réalise que je cherche, que j’aspire à concrétiser le rêve qui défile en boucle dans mon imaginaire endormi. De l’amour qui aveugle. De la vie qui éblouit. Du bonheur qui rugit.

And in the morning light after the night I fall in love with the light
It is so clear I realize and here at last I have my eyes

Aujourd’hui est une de ces journées aux multiples teintes fades et insipides. Je me suis réveillée avec l’idée d’aller en Italie… en voiture. Peut-être que si je conduis assez vite, je pourrai prendre mon envol vers Florence plutôt que de me retrouver assise devant mon magnifique ordinateur blanc à essayer de comprendre. Parfois j’oublie la magie qu’une lune endosse ou le rougissement d’une feuille à l’automne et j’oublie les pommes qui, année après année, continuent de pousser dans les arbres pour mieux en tomber. Au ralenti. J’aimerais grandir. Être grande et à l’aise avec moi, avec la base, la méchanceté, la tristesse, la perte, le rêve, la croyance, le jeune, le vieux, le brave, le faible, le fort, le sécuritaire, la solitude, le fatigant, la fidélité, l’insécurité, l’attente, le souhait, le respect, la peur, la vérité, la question, le moi-je-sais, le je-me-retiens, le je-m’en-fous. Oui, j’aimerais. Tout comme j’aimerais l’emprunter jusqu’à demain pour que je puisse retrouver l’émotion, la signification. Je fixe, je zieute, je dépose ma tête fleurie, je reste immobile et je me souviens. Je me rappelle que le corps est une toute petite chose fragile et que le cœur peut s’accrocher éternellement, ou en fait, sur ce qui peut paraître une éternité. J’éprouve la crainte de montrer qui je suis réellement parce que c’est tout ce que j’ai. C’est tout ce que je suis. Il y a un motif, il y a une force et il y a le temps. Mais seul le temps choisit son moment. Le moment approprié pour laisser couler les larmes, pour mettre du miel sur tout, partout, pour s’étirer, pour partager les couleurs, pour entendre une voix vieillie et sage nous rassurer, pour se laisser flotter, pour voir les branches s’abandonner, pour me pardonner. J’ai compris que l’air qui pénètre dans un accordéon fait vibrer de toutes petites lames qui, lorsqu’elles sont maintenues enfoncées, produisent une note, un son. Comme l’amour. Laisser l’air entrer, souffler, vibrer, exprimer, enfoncer puis recommencer. Encore. Et encore. Parce que c’est de cette façon que la musique se construit. Se produit.

When all the figures sound retreat the soft skin starts to shrivel
When dreams made real becomes less sweet the orchid and the metal
My sex turns and claws rush in to spill them
And in the morning after the night I fall in love with the light
It is so pure I can arrive without the fear of seeing my eyes

En tant qu’orchidée, j’ai appris qu’aimer sans fin peut blesser et piquer, mais qu’aimer à moitié réveille la peur du regret porté par des mains libres, vidées. Comme un cœur qui continue de battre seulement pour rester en vie.

(The Orchids – Califone)

1 comment mars 19, 2008


 

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