Archive for avril 2008
condition humaine
(Plus jamais je devrai résister si je venais à posséder ce monde, le meilleur des deux. L’univers, à travers l’espace, m’assiège et m’avale comme un tout petit atome; par la pensée, je finis donc par comprendre ce monde, le meilleur des deux supposément, dans lequel je vis.)
Ce matin, je me suis glissée péniblement à l’extérieur de mon lit, si douillet, si chaud, si réconfortant. Je ne supporte pas l’idée que ta silhouette, mon illusion fantasmée, soit si lourde à soulever, à oublier.
Si seulement.
Cette condition dans laquelle tu m’avais laissée, ce cœur que tu avais brouillé, ce ruisseau qui avait coulé sur mes joues blanchies par la douleur, par l’horreur, ont-ils eu l’effet prévu ? Imagine-toi un instant que c’est de toi que je parle.
Oui, toi.
Comme ces expériences passées, j’avais craint la chute libre, mais cette fois-ci, c’était différent puisque mon cœur a finalement cessé de battre. Le monde, le meilleur des deux, vient de faire son aveu. J’ai gagné la course imaginaire qui prend fin nulle part où nul ruban attend mon arrivée. Les squelettes sont cachés, enterrés, sous les lattes du plancher où ils peuvent être ignorés, où ils peuvent être piétinés, malgré ma condition en cavale, malgré le brouillard criant et les idées noires. Je t’avais su tout près, je t’avais connu qui me chuchotait des secrets que je n’étais supposée entendre. Je te connaissais qui agrippait mon cœur à deux mains seulement pour me le redonner, tout emballé, ce cœur qui tressaillait comme de toutes petites explosions, qui se manifestait horriblement à chaque battement. J’avais peur, peur que tu trouves le moyen de recracher mon nom de la même façon que tu craches les graines d’un melon. Regorgeant d’amour et de conséquences, je m’étais questionnée : est-ce ma peau que tu veux ou est-ce de l’amour, tout simplement ? Je comprends soudainement pourquoi ta vérité m’a laissé ensanglantée : ta proximité avait révélé beaucoup plus que ce que tu te permettais d’admettre volontairement. Je me souviens d’un rendez-vous que nous avions mutuellement convenu. Je me souviens clairement des minutes précédant cette rencontre. Je me revois traversant tranquillement le parc, l’esprit vif mais calme, le cœur battant, le sang bouillant, le sourire fendant, j’avais senti l’odeur timide et printanière des lilas, et aujourd’hui je (res)sens cette même petite brise qui m’avait jadis fait frissonner (était-ce réellement des frissons de temps ou d’engouement ?), je revois mes gestes, je revis mes émotions. Et dans la beauté d’un ciel métallique et tumultueux, je t’avais vu marcher, je t’avais vu penser, je t’avais vu qui me regardait de biais. J’adorais. Je t’aimais. Déjà.
Mais c’était il y a déjà très longtemps.
Pendant que tu te réveilles dans ton petit coin de ville immobile, le visage embrouillé comme tes idées, poids démesuré, étouffé par tes peurs sans profondeur, les mots viennent à manquer, comme cet air qui t’asphyxie.
Et pendant que tu te réveilles dans ton petit coin de ville, je me glisse calmement à l’extérieur de mon lit, si douillet, si chaud, si réconfortant. J’ai remporté la course imaginaire, j’ai franchi la ligne d’arrivée et je vis dorénavant dans un monde doré, le meilleur des deux. L’amour survit à nos deux solitudes éloignées.
Et je pense que j’ai tout dit ce que j’avais à dire sur le sujet. J’ai puisé dans mes ressources et je les ai épuisées. Fatiguée mais consciente, je pense à toi. Oui, toi. Et je pense à cette flamme que tu as été.
Et je souris au meilleur des deux mondes. Et je respire ton absence.
Add comment avril 28, 2008
torpeur et entêtement… ou la raison pour laquelle il déteste radiohead
Il est finalement ici, assis seul, et il ressent la vie, il digère la maturité. Le livre à la reliure tout craquelée et défraîchie lui indiquait qu’il avait réussi, non sans peine. De tous ces regards, de toutes ces images de son visage, de toutes ces émotions et moments qu’il n’avait été capable de décrire puisqu’ils contenaient pour lui un bonheur démesuré, il comptait maintenant les jours et il corrigeait les compulsions. Ses mains restaient malgré tout liées, son corps malgré tout meurtri; il n’avait plus rien à perdre et tout à gagner. Noyé par le son des gouttelettes qui s’évanouissait sur la fenêtre, il savait qu’il ne pouvait attendre de dire tout ce qu’elle ne voyait pas. Elle pouvait courir, courir encore plus si elle le voulait et trouver ce qui la pousse à se défiler si rapidement, ou elle pouvait lui dire ce qu’il peut faire, ce qu’il doit faire afin de trouver les réponses. Il avait grandi d’elle, des branches d’un arbre quasi mourant, mais il se savait capable de la sauver si seulement elle acceptait de le regarder. Il y aurait si peu de lui si ce n’était d’elle. « Garde ton sourire pour les autres », il ne voulait pas celui qu’elle lui réservait. Le faux. Plus il essayait, plus elle le fuyait. À travers les tempêtes, il avait réussi à rejoindre la rive sans trop de dommage. Il s’était déplié lentement comme une lettre trop longtemps gardée sous pli, cachetée, où l’amoureux se mélangeait à l’épistolaire, où l’angoisse croisait la quiétude. Où les mots n’étaient pas un jeu. Où l’enjeu disait gros.
« Dis-moi, t’arrive-t-il de lutter pour trouver les bons mots ?
Et dis-moi, est-ce que la bonne façon de les formuler, de les entasser, de les coincer dans une phrase te fait mal ? On ne badine pas avec les mots. Encore moins avec l’amour.
Trop d’angles. Trop de facteurs. Trop de craintes liées à l’attente d’un signal.
Découvrir l’absence. Découvrir une présence.
Rechercher l’explosion qui apeure ou qui assourdit.
S’éterniser sur ce qui est ressenti. Je m’ennuie. »
Il avait ce sourire imbécile sur le visage; le sourire d’une personne qui a les deux yeux remplis de promesses et de détresse, d’une personne flabbergastée par des sentiments tout nouveaux, tellement beaux, mais crissement lourds. Le temps qui s’était écoulé depuis la dernière fois qu’il l’avait vue lui paraissait ne jamais avoir existé. Pourtant, il avait su glisser ses doigts le long de sa nuque et regarder tout en profondeur l’état de son cœur. Et pourtant, il avait su qu’il allait souffrir lorsqu’elle se volatiliserait. Et depuis, il se tient toujours au même endroit. Il attend. Les lumières clignotent et tamisent sa torpeur et son entêtement. La communication se perd pendant que son empire s’effondre; des paroles maintes fois entendues lui traversent l’esprit et contre toute attente prennent tout leur sens.
I am a moth who just wants to share your light / I’m just an insect trying to get out of the light / I only stick with you because there are no others
You are all i need, you are all i need / I am in the middle of your picture / Lying in the reeds
Contre toute espérance, il aspirait encore sa présence. Malgré le silence, malgré l’insignifiance.
3 comments avril 15, 2008