Archive for 15 avril 2008
torpeur et entêtement… ou la raison pour laquelle il déteste radiohead
Il est finalement ici, assis seul, et il ressent la vie, il digère la maturité. Le livre à la reliure tout craquelée et défraîchie lui indiquait qu’il avait réussi, non sans peine. De tous ces regards, de toutes ces images de son visage, de toutes ces émotions et moments qu’il n’avait été capable de décrire puisqu’ils contenaient pour lui un bonheur démesuré, il comptait maintenant les jours et il corrigeait les compulsions. Ses mains restaient malgré tout liées, son corps malgré tout meurtri; il n’avait plus rien à perdre et tout à gagner. Noyé par le son des gouttelettes qui s’évanouissait sur la fenêtre, il savait qu’il ne pouvait attendre de dire tout ce qu’elle ne voyait pas. Elle pouvait courir, courir encore plus si elle le voulait et trouver ce qui la pousse à se défiler si rapidement, ou elle pouvait lui dire ce qu’il peut faire, ce qu’il doit faire afin de trouver les réponses. Il avait grandi d’elle, des branches d’un arbre quasi mourant, mais il se savait capable de la sauver si seulement elle acceptait de le regarder. Il y aurait si peu de lui si ce n’était d’elle. « Garde ton sourire pour les autres », il ne voulait pas celui qu’elle lui réservait. Le faux. Plus il essayait, plus elle le fuyait. À travers les tempêtes, il avait réussi à rejoindre la rive sans trop de dommage. Il s’était déplié lentement comme une lettre trop longtemps gardée sous pli, cachetée, où l’amoureux se mélangeait à l’épistolaire, où l’angoisse croisait la quiétude. Où les mots n’étaient pas un jeu. Où l’enjeu disait gros.
« Dis-moi, t’arrive-t-il de lutter pour trouver les bons mots ?
Et dis-moi, est-ce que la bonne façon de les formuler, de les entasser, de les coincer dans une phrase te fait mal ? On ne badine pas avec les mots. Encore moins avec l’amour.
Trop d’angles. Trop de facteurs. Trop de craintes liées à l’attente d’un signal.
Découvrir l’absence. Découvrir une présence.
Rechercher l’explosion qui apeure ou qui assourdit.
S’éterniser sur ce qui est ressenti. Je m’ennuie. »
Il avait ce sourire imbécile sur le visage; le sourire d’une personne qui a les deux yeux remplis de promesses et de détresse, d’une personne flabbergastée par des sentiments tout nouveaux, tellement beaux, mais crissement lourds. Le temps qui s’était écoulé depuis la dernière fois qu’il l’avait vue lui paraissait ne jamais avoir existé. Pourtant, il avait su glisser ses doigts le long de sa nuque et regarder tout en profondeur l’état de son cœur. Et pourtant, il avait su qu’il allait souffrir lorsqu’elle se volatiliserait. Et depuis, il se tient toujours au même endroit. Il attend. Les lumières clignotent et tamisent sa torpeur et son entêtement. La communication se perd pendant que son empire s’effondre; des paroles maintes fois entendues lui traversent l’esprit et contre toute attente prennent tout leur sens.
I am a moth who just wants to share your light / I’m just an insect trying to get out of the light / I only stick with you because there are no others
You are all i need, you are all i need / I am in the middle of your picture / Lying in the reeds
Contre toute espérance, il aspirait encore sa présence. Malgré le silence, malgré l’insignifiance.
3 comments avril 15, 2008