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condition humaine
(Plus jamais je devrai résister si je venais à posséder ce monde, le meilleur des deux. L’univers, à travers l’espace, m’assiège et m’avale comme un tout petit atome; par la pensée, je finis donc par comprendre ce monde, le meilleur des deux supposément, dans lequel je vis.)
Ce matin, je me suis glissée péniblement à l’extérieur de mon lit, si douillet, si chaud, si réconfortant. Je ne supporte pas l’idée que ta silhouette, mon illusion fantasmée, soit si lourde à soulever, à oublier.
Si seulement.
Cette condition dans laquelle tu m’avais laissée, ce cœur que tu avais brouillé, ce ruisseau qui avait coulé sur mes joues blanchies par la douleur, par l’horreur, ont-ils eu l’effet prévu ? Imagine-toi un instant que c’est de toi que je parle.
Oui, toi.
Comme ces expériences passées, j’avais craint la chute libre, mais cette fois-ci, c’était différent puisque mon cœur a finalement cessé de battre. Le monde, le meilleur des deux, vient de faire son aveu. J’ai gagné la course imaginaire qui prend fin nulle part où nul ruban attend mon arrivée. Les squelettes sont cachés, enterrés, sous les lattes du plancher où ils peuvent être ignorés, où ils peuvent être piétinés, malgré ma condition en cavale, malgré le brouillard criant et les idées noires. Je t’avais su tout près, je t’avais connu qui me chuchotait des secrets que je n’étais supposée entendre. Je te connaissais qui agrippait mon cœur à deux mains seulement pour me le redonner, tout emballé, ce cœur qui tressaillait comme de toutes petites explosions, qui se manifestait horriblement à chaque battement. J’avais peur, peur que tu trouves le moyen de recracher mon nom de la même façon que tu craches les graines d’un melon. Regorgeant d’amour et de conséquences, je m’étais questionnée : est-ce ma peau que tu veux ou est-ce de l’amour, tout simplement ? Je comprends soudainement pourquoi ta vérité m’a laissé ensanglantée : ta proximité avait révélé beaucoup plus que ce que tu te permettais d’admettre volontairement. Je me souviens d’un rendez-vous que nous avions mutuellement convenu. Je me souviens clairement des minutes précédant cette rencontre. Je me revois traversant tranquillement le parc, l’esprit vif mais calme, le cœur battant, le sang bouillant, le sourire fendant, j’avais senti l’odeur timide et printanière des lilas, et aujourd’hui je (res)sens cette même petite brise qui m’avait jadis fait frissonner (était-ce réellement des frissons de temps ou d’engouement ?), je revois mes gestes, je revis mes émotions. Et dans la beauté d’un ciel métallique et tumultueux, je t’avais vu marcher, je t’avais vu penser, je t’avais vu qui me regardait de biais. J’adorais. Je t’aimais. Déjà.
Mais c’était il y a déjà très longtemps.
Pendant que tu te réveilles dans ton petit coin de ville immobile, le visage embrouillé comme tes idées, poids démesuré, étouffé par tes peurs sans profondeur, les mots viennent à manquer, comme cet air qui t’asphyxie.
Et pendant que tu te réveilles dans ton petit coin de ville, je me glisse calmement à l’extérieur de mon lit, si douillet, si chaud, si réconfortant. J’ai remporté la course imaginaire, j’ai franchi la ligne d’arrivée et je vis dorénavant dans un monde doré, le meilleur des deux. L’amour survit à nos deux solitudes éloignées.
Et je pense que j’ai tout dit ce que j’avais à dire sur le sujet. J’ai puisé dans mes ressources et je les ai épuisées. Fatiguée mais consciente, je pense à toi. Oui, toi. Et je pense à cette flamme que tu as été.
Et je souris au meilleur des deux mondes. Et je respire ton absence.
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