Archive for mai 2008
en ce moment…
Je rêvais d’hier et à ce visage que j’avais croisé.
Je rêvais d’hier et à ces lèvres que j’avais goûtées.
Je rêvais d’hier et à ce corps sur lequel j’avais momentanément posé mes mains.
Les désirs naissants d’aujourd’hui me ramènent dans le passé, dans ces paysages composés d’amour en dégradé que nous avions visités, que nous avions scrutés avec nos yeux d’enfant émerveillé. Dans ces endroits où plusieurs rêves avaient éclaté, où plusieurs cœurs inconnus avaient été laissés en suspens, où tu avais été mon amour et moi, ton eau fraîche.
Hier je rêvais à toi, présentement je te soupire et bientôt je t’aimerai à nouveau.
mai 30, 2008
extrait
Linoléum – Dumas
… Rhabille-toi, y a plus personne, ferme ces yeux qui me questionnent…
C’est ce que j’avais fait. Je me suis rhabillée en fermant les yeux sur la réalité. Elle venait de me rattraper, à bout portant, elle m’avait griffée l’esprit, elle m’avait mordue jusqu’au sang. Je voyais dans mon angle mort que tu m’observais à mon insu. Je ne savais pas si je devais éprouver de la fierté. Ou de la gêne. Ou de la peur. Je savais que tu me trouvais jolie, tu me l’avais dit. Cette fois-là, il y avait de la malice dans ta voix, tes gestes m’étaient étrangement inconnus. Je ne reconnaissais pas l’épais brouillard qui jaillissait de tout ton être. Les yeux toujours clos, j’avançais à tâtons dans le noir, mon nuage noir. Cette nuit-là, tu m’avais prise. Tu m’avais ensorcelée, tu m’avais emprisonnée. En discutant avec mon cœur, j’avais compris que celui-ci voulait se laisser aller. Tomber amoureux, c’est ce qu’il voulait. C’est ce qu’il espérait. Amoureux, mon cœur l’avait été à maintes reprises. Ma tête, non. J’avais cligné des yeux sur l’amour. À plusieurs reprises. Incertaine de mes désirs. Incertaine de mes sentiments. Incertaine de mes émotions. J’avais la chienne. À la façon dont tu me regardais, à la façon dont tu m’embrassais, à la façon dont tu fermais ta main chaude sur mes tout petits seins, j’ignorais que tes intentions étaient tout autre. Les yeux fermés, nous avions fait l’amour comme s’il n’y avait aucun lendemain. Ma voix m’apparaissait si lointaine, comme si elle ne m’appartenait pas. Ma voix riait, mais ce n’était pas moi. Je me sentais bousculée, culbutée. Tu m’avais renversée. Ton mutisme pesait sur mes épaules, sur ma poitrine. L’écho des chœurs scandait dans ma tête, m’avertissait, me criait de dénouer la corde qui me gardait prisonnière de mes soupirs incessants. Des soupirs que tu réveillais du bout des doigts, du bout de la langue. La chambre tourbillonnait, ton visage s’embrouillait. Mon sang papillonnait dans mes tempes. Peut-être était-ce une partie de ma vérité qui tentait de s’envoler ? Nue et bien calée sur ta poitrine, je me suis mise à pleurer. Pleurer toutes les larmes de mes yeux à nouveau fermés. Évacuer toute l’eau, tel un courant en aval, tel un ressac d’émotions. Je n’avais pas vraiment de raison. J’éprouvais simplement le besoin d’ouvrir la valve, et de me laisser à jamais aller. Tu ne comprenais rien. Tu n’avais jamais rien compris. Tu ne m’avais jamais comprise. Pour toi, je n’étais qu’une petite salope qui s’écartillait six fois par semaine. Pour moi, tu étais l’attention que j’avais supposément besoin. Tu étais l’affection qui me réchauffait. Tu étais le sexe qui me faisait jouir. C’est peut-être ce qui explique pourquoi je gardais les yeux fermés sur ma réalité…
Mais pour la première fois de ma vie, j’avais senti mon cœur battre. À trente ans. Poum-poum. Poum-poum. Régulier, mais accéléré. Pour la première fois, je ressentais la faim qu’il m’était impossible de satisfaire. À première vue. J’avais besoin de signification, une signification que je pouvais mémoriser, vous savez, celle qui nous échappe toujours un peu. Celle qui nous fait peur et qu’on n’ose pas oublier. J’avais ressenti mon cœur fondre en même temps que le dégel d’avril. La réalité était que j’étais éperdument amoureuse de tes manies, de tes défauts trop nombreux, de tes qualités insipides, de ton nombrilisme, de ta déprime, de ton mal de vivre, de tes névroses d’artiste dont tu étais l’antithèse complète. De toi. J’étais amoureuse de toi. Je me sentais prise au piège, haletante, incapable de contrôler mon mal de cœur spiralé. Les émotions. L’amour. Tu entendais ce que je pensais. Tu ressentais mon dévouement. Mais dis-moi, vois-tu nos vies comme si elles étaient la fraction d’un tout ? Une toute petite parcelle de ce qu’elles pourraient être. Si seulement tu le voulais. Pour vrai. J’avais souvent pensé que l’amour était soit blanc, soit noir. Jamais d’entre-deux. Gris. Qu’il était soit absolu, soit approximatif. Jamais stable. J’avais même osé me tenir bien droite devant toi et te mettre au défi de m’aimer. Tu me regardais sans me regarder, tu m’observais aveuglément. Mes mots étaient tombés dans le vide, comme dans un vide sanitaire. Il manquait quelque chose. Des sentiments peut-être.
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2 comments mai 28, 2008
me, myself and moi
Je suis la lumière du jour quand la lune brille dans la nuit noire.
Je suis un miroir sans reflet.
Je suis une girouette sans vent.
Je suis un rasoir sans lame.
Je suis un dictionnaire sans définition.
Je suis une flèche sans direction.
Je suis la raison sans rationalité.
Je murmure des mots dans le creux d’une oreille sourde de ma voix et lourde de la tienne. Je respire le mystère du temps révolu pour expier le temps présent. Je grimpe pour tomber, pour souffrir, pour détester, pour me rapprocher, pour regretter, pour t’aimer.
En vain.
mai 26, 2008