Archive for 14 mai 2008

bon gré mal gré

Comme les temps ont changé.
Comme nous avons évolué, virevolté, de tous bords tous côtés.
Le vent a tourné.
Je me demandais ce qu’il restait maintenant à dire, ce qu’il restait maintenant à faire au gré des saisons…

Quand j’étais petite, j’aimais me coucher dans l’herbe, tout en laissant le vent voiler mes yeux et effleurer mon visage comme une douce caresse qu’on attend depuis longtemps. Dans l’immobilité d’un monde affolé, je me sentais tout en sécurité, entourée des herbes hautes, baignée des rayons de soleil aveuglants. Je prenais plaisir à analyser les nuages duveteux qui s’étiraient au-dessus de ma petite tête d’enfant fragile à l’imagination trop fertile. Ce beau ciel bleu qui faisait office d’accolade maternelle où se mélangeait l’urgence de tendresse, de nostalgie et d’amour. Tout me semblait si lointain; la vie commençait, j’étais à peine écorchée, j’avais mille et une folies à concrétiser. De mes yeux de fillette naïve, je m’étais sentie comme un tout petit oiseau qui doit apprendre à voler de ses propres ailes pour la première fois. Me pousser un peu pour apprendre de mes erreurs, pour apprivoiser l’inconnu, pour choisir l’imprévu. J’étais captive dans une cage ouverte et sans même le savoir, j’étais libre de me sauver. Ou de rester. Toute cette liberté me rendait confuse, éparpillée, comme s’il y avait un indice, une piste que quelqu’un, quelque part voulait me communiquer. Plus j’y songeais, moins je savais quoi faire. Couchée dans l’herbe haute, je posais des questions aux nuages, mais jamais ils y répondaient. Les oiseaux pépiaient, les papillons volaient haut et ma tête bourdonnait. La vie continuait. Et elle insistait.

Mais les années ont passé.

Depuis, les questionnements ont cessé de culbuter mon existence. Assise aujourd’hui dans l’herbe haute de mon enfance, je ressasse les événements marquants, je m’explique les pourquoi et les comment. J’accepte les raisonnements parfois grivois, parfois absurdes, souvent dépourvus de fondement. Et le vent tournait, en effet. Pieds nus dans l’herbe haute de ma tendre enfance, je tenais fermement entre mes mains de toutes petites roches que j’avais ramassées sur le sol en attendant qu’elle m’adresse la parole, qu’elle s’éternise sur ses explications. Et ce silence, comme il avait été lourd et alarmant. Je m’en suis longtemps voulu d’avoir été surprise par son absence prolongée et soudaine. Cette raison… Elle s’était volatilisée à la même vitesse que mes idéaux; l’optimisme raisonnable qui grouillait dans les recoins les plus obscurs de mon être venait de s’éteindre. Presque. Toujours assise en indien dans l’herbe haute, je tentais d’élucider le mystère, cette raison, celle qui continuait au gré des saisons, au fil des années, à me garder captive malgré ma liberté. Les grenouilles coassaient, les moustiques piquaient et j’avais la tête qui tourbillonnait. Pour une fois, j’aurais voulu qu’elle insiste, cette raison, qu’elle m’emprisonne dans ses bras, qu’elle me parle, qu’elle me dise tout haut ce qu’elle ressentait tout bas. Je voulais que cette raison soit authentique, oui, véritable et tangible. Au fond, j’espérais peut-être qu’elle existe, cette raison. Qu’elle soit bien réelle…

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