Archive for juin 2008

promis, juré

Je te jure d’être honnête. J’ai cessé de vouloir aller de l’avant et je me suis construit un abri qui me protégera des intempéries, des guerres, de nos chicanes et de ton absence. Une saison de silences vient de prendre fin. Des journées de poussière s’étaient accumulées sur ta photo, sur ton si joli portrait que j’avais voulu garder intact, indélébile. Mais si tout ce que je possède de toi sont des souvenirs fanés et poussiéreux, comment pourrais-je écrire notre histoire sans la déformer ?

Je te jure que je me rappelle la mélodie de la chanson, mais les mots, eux, ont fui depuis longtemps. Je te jure que je me souviens de tous tes gestes, mais j’ai oublié le sentiment qui les accompagnait. J’ai abandonné tout ce qui t’avait déjà appartenu, je n’ai rien à te donner. Ce que je conserve en secret vient de ce que j’ai bien voulu fabriquer, tant les vérités que les mensonges, et tout ce qui me reste se résume à une chanson que je ne peux chanter.

Je te jure que sans ta présence, rien n’a de sens. Tu es entré dans ma vie comme une bourrasque de vent, tu m’as enveloppée tellement serrée que je ne pouvais plus bouger, tu t’es transformé en pluie puis tu t’es évaporé.

J’avais voulu comprendre comment je me sentais avec un rien. Et c’était justement l’absence de quelque chose de concret qui m’avait attirée.

J’étais désemparée, désabusée.
Je m’étais pourtant juré de ne jamais le regretter.

1 comment juin 30, 2008

Peugeot mauve

Ah, le sentiment de ne faire qu’un. UN, grand U, grand N. C’est ce qui m’est arrivé aujourd’hui, à vélo, sur le bord du fleuve. J’étais seule au monde, entourée de mouettes et d’un héron. Je ne faisais qu’un avec mon vélo, ma petite reine; j’étais carrément invincible. Ni le vent, ni la pluie, ni même l’humidité intense ne pouvaient m’arrêter. C’est si facile de se perdre dans nos souvenirs dans ces moments-là. Je me suis demandée à quand remontait ma passion pour le vélo, et je me suis répondu que « je pédalais avant même de savoir marcher », je dirais donc un petit peu moins de trente ans. Quand même, ce n’est pas rien. Je me souviens de ces longues randonnées à vélo avec ma mère, qui enfourchait pour l’occasion son magnifique Peugeot mauve circa 1971 (ce que je donnerais aujourd’hui pour pouvoir me déplacer avec cette bécane…). J’étais évidemment assise à l’arrière, solidement attachée sur mon petit siège de bébé. Et je riais, les lulus dans le vent. J’étais si contente, si heureuse. Déjà le vélo m’apportait une sorte d’euphorie, comme un buzz de drogue douce. Les paupières à moitié fermées pour empêcher les bibittes de me crever les yeux, mais la bouche tout grande ouverte parce que je riais trop. « Plus vite maman ! », « Plus vite ! », et ma mère pédalait, pas nécessairement plus vite, mais juste assez pour me faire sentir comme si j’avais des ailes. Je faisais des courses avec les oiseaux, que je gagnais évidemment toujours. Je m’amusais à lancer vigoureusement le paquet de cigarettes, des Peter Jackson, que ma mère gardait dans la poche arrière de son tout petit short blanc, qu’elle agençait habituellement avec une camisole mauve qui allait à merveille avec son Peugeot mauve circa 1971… Faut croire que j’avais déjà la cigarette en dédain. J’étais crampée dans mon petit siège d’enfant, tandis que ma mère, elle, jurait, mécontente de toujours devoir faire demi-tour afin de récupérer son or goudronné. J’adorais faire des tours de vélo avec ma mère. Je l’entendais souvent fredonner les chansons de Kenny Rogers ou d’Elvis qu’elle adorait à l’époque. Et moi, je riais toujours plus. Mon enfance était facile. Je n’avais qu’à suivre la route, le chemin que ma mère décidait de prendre. Ce n’est pas comme si j’avais vraiment le choix de toute façon.

Et c’est l’une des seules fois où je n’ai fait qu’un avec ma mère, où la chimie était à son maximum. Ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui. Mes rides, je les fais désormais tout seule, Kenny Rogers et Elvis ont cédé leur place aux Wolf Parade, Stars, Tegan and Sara, The Raveonettes, Cookie Dingler et autres que je chante à tue-tête sans me soucier des fausses notes. Je souris toujours autant, même que je ris parfois alors que je pédale comme s’il n’y avait aucun lendemain. Je ne sens plus mes cuisses tant elles sont enivrées, hypertrophiées par la puissance; je me sens à nouveau voler, mais cette fois-ci, de mes propres ailes. Et assise à califourchon sur mon magnifique vélo de course rouge, je pédale, inarrêtable.

(pédale, pédale, pédale, plus vite, plus vite, plus vite, toujours plus vite)

Le fleuve est tranquille, les oiseaux se déplacent en silence, le seul son audible est celui des roues qui frottent en cadence sur l’asphalte bétonné, le cliquetis de la chaîne qui change de pignon, ma respiration qui se fait de plus en plus courte et de toutes petites larmes qui coulent le long de mes joues.

Je n’ai rien d’autre à ajouter. Je me concentre à pédaler mon passé avec vélocité.

1 comment juin 29, 2008

vérité

Je ne voulais pas savoir, pas voir.
Je restais fermée, aveuglée, devant toutes ces choses, ces émotions.
Je ne pouvais être, encore moins avoir. Je ne pouvais me sentir perdue une fois de plus, une fois de trop.
Je ne voulais pas marcher, je ne pouvais m’éloigner, encore.
Je voulais vivre simplement, sans contrainte, sans illusion, près d’elle.

Je m’enfargeais dans les lumières de sa raison.
Elle disait m’adorer alors que moi, je l’aimais.

Ignorer la peur qui me bouffe les tripes. Ma lâcheté l’a repoussée.

Partout je regardais les yeux tout grands, j’espérais la revoir, et partout je voyais rien d’intéressant. Sauf une lumière, une toute petite lumière qui brillait au loin, pour moi. Et il y avait un chemin, un tout petit chemin qui m’amènerait ailleurs, nulle part. Du moins, j’en rêvais.

Je me suis tue et j’ai écouté les échos du passé scander en choeur. Épuisée, je ne cessais de pleurer. J’avais ouvert tout grand mon cœur impossible et indigne, et elle avait trouvé le moyen de me rassurer. Elle connaissait mieux mes propres fondements secrets que je ne les connaissais moi-même.

Enfin libérée des démons, je venais de trouver l’essence, la base, de ce que je voulais, de ce que je me souhaitais. Et je n’avais plus envie de me cacher. Enfin.

juin 27, 2008

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