Archive for 6 juin 2008

cartes postales

Y a des journées ordinaires et d’autres abracadrabrantes. Y a des nuits sans fin qui nous laissent sans énergie et d’autres qui nous laissent endormis. Y a des aventures qui nous font filer le parfait bonheur et d’autres carrément déboussolantes, désolantes.

L’histoire s’est déroulée l’hiver dernier où le temps était resté en suspens alors que nous nous déplacions beaucoup trop rapidement. Ses façons étranges qui m’abrutissaient, le bruit syllabique des mots, trop lourds de sens, qui tombaient de ma bouche, ces mots perdus et alourdis qui le faisaient reculer. Je n’étais que son ombre dans laquelle je vivais, je m’inspirais et m’abreuvais. De quoi avais-je si peur? Pourquoi toujours ce sentiment d’infériorité, ce besoin de cacher mon identité? M’enfuir, c’est ce que j’avais décidé. Avril, mai et juin. Je craignais qu’il soit un meilleur moi que moi-même. Et c’est ce qu’il était : le reflet parfait de l’être aimé et désiré qui aimait et qui désirait. À cette époque, qui n’est pas si lointaine, je n’étais qu’un pâle halo sentimental qui tenait sur des béquilles de sel. J’imagine que c’est ce qu’on appelle de l’amour friable, qui sait. Et c’est sans doute ce qui explique pourquoi je me suis effondrée, pourquoi je me suis sauvée. Pendant trois mois, je lui ai écrit des mots sur de vieilles cartes postales, même si je trouvais qu’une vieille carte postale vierge de tout discours était beaucoup plus grisante. C’est comme si, malgré le verbe inexistant, elle devenait romantique à souhait. L’imagination qu’elle inspirait, les divers émotions qu’elle émoustillait, j’aimais. De la même façon que j’aimais toucher, j’aimais goûter, j’aimais voir, j’aimais sentir.

Mais il faut toujours garder l’œil ouvert sur ces cartes qui reviennent, comme celle qui m’accompagnait quand je suis revenue. Il m’avait souvent vue assise seule près de la fontaine, celle cachée sur Coloniale près de Duluth. Il croyait que j’attendais quelqu’un d’autre alors qu’en réalité, j’aurais préféré m’éloigner de tous ces étrangers et me rapprocher de cette personne à qui je voulais prouver ma bravoure, ma solidarité, mon amour solidifié. Les cartes postales à lui de moi, à moi de lui, à moi de lui, collaient à ma peau. Je l’avais dans le sang. Il était ce que je voulais entendre, il était ce que je voulais voir, il était ce que je voulais lire, il était ce que je voulais vivre, même s’il était la source directe de mon angoisse et de ma couardise.

« Au moins, je l’assumais. »
(C’est ce que je me disais pour me convaincre.)

Au fil des mois, des minutes, des secondes, les vieilles cartes postales s’accumulaient au-dessus des autres vieilles cartes inchangées, tandis que les rues, elles, changeaient de nom, changeaient de ville, changeaient de saison. Je pense que malgré mon déracinement tenté au printemps dernier, je suis restée la même, sauf que j’avais peut-être enfin compris, j’avais peut-être enfin su qu’il faut parfois se mentir un peu pour se rendre compte qu’une personne peut attendre éternellement et que cette même personne voudra se réveiller à mes côtés.

C’est certainement difficile à comprendre, mais certainement pas impossible à accomplir.

Add comment juin 6, 2008


 

juin 2008
L Ma Me J V S D
« mai   juil »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30  

Catégories

ma jalousie

Archives

Commentaires récents

N sur parce que
Nina_Tool sur things will never be the …
M. sur les DOs and DON’Ts
lost art sur une seconde
unefillecommeca sur une seconde