récurrence en deux temps

juillet 24, 2008

:: Debout, elle marche en rond au point de s’étourdir. S’effondrée, un peu. Elle pourrait rester et attendre. Elle a laissé une lumière allumée. S’il décide de venir, tant mieux. Sinon. Elle ne savait plus. Quand elle sentait sa poitrine se contracter, quand elle ne pouvait réfléchir à autre chose qu’elle-même, elle perdait le fil de ses idées, elle oubliait, elle souffrait. La pression de vivre, de se laisser aller, de se sentir imparfaite, de se dévoiler, de voir son monde s’enfoncer subtilement mais pas profondément. Elle ne demandait qu’à s’arrêter et à changer de direction… ::

++++

Le même rêve récurrent. Nuit après nuit. Le même visage, le même coin de rue, le même immeuble construit bien avant ma naissance. J’avance, tête baissée, sur un chemin qui m’est si familier, avec les mêmes fissures dans le béton du trottoir, les mêmes arbres secoués par la minuscule brise; seule la lumière diffère de jour en jour au gré des émotions. Je m’arrête toujours au même endroit, devant ce mur qui s’étend dans l’immensité d’un ciel apaisant, vierge de toute impureté. Arrêt. Mes yeux sont témoins d’images qui défilent tout autour à vive allure, comme si les gens, les animaux, les bruits qui m’entourent n’ont pas une seconde à perdre, comme si chaque heure passée était perdue à tout jamais. Inspiration. J’ai juste le temps de tourner la tête vers la gauche pour croiser son regard, la minute où il tourne le coin. J’ai juste le temps de sentir la chaleur qui se dégage de son corps. J’ai juste le temps de me cramponner et de réaliser qu’il a pris mon visage entre ses mains, qu’il enfonce ses yeux si beaux, si pers, dans les miens et qu’il écrase ses lèvres contre les miennes. Le baiser, cet éternel bonheur. Expiration. C’est généralement à ce moment que je sens le soleil nous réchauffer et que je constate l’immobilité soudainement contrastante qui nous entoure. La brise a disparu, les arbres semblent médusés, les animaux nous regardent, les gens sont inexistants. Le goût laissé à la dérobée sur mes lèvres est indescriptible, j’ai envie de recommencer, et de recommencer encore, et adossée contre mon mur, j’ai envie de sentir cette chaleur encore, et encore.

La vie n’est-elle pas merveilleuse ?

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