Archive for octobre 2008
oxymoron
Elle voulait se coucher, dormir, et sentir des bras qui la resserrent. Comme dans un rêve. Elle s’est réveillée, plus solitaire que jamais. Prétendre qu’elle a toute la vie devant elle, faire semblant, jusqu’à ce que le sentiment disparaisse.
Ce matin, elle a été incapable de la regarder. «J’aurais dû voir les signes qui me sautaient aux yeux.» Trop évidents, visiblement.
Vous savez, ces signes qui disent «Pars tout de suite, en courant, allez vite, plus vite!»…
Elle croyait à l’amour comme on croit au père Noël : plus jeune, elle l’imaginait beau, joyeux, généreux et souriant, mais plus elle vieillissait, plus la crédibilité venait à manquer.
Souvent, alors qu’elle déambulait somnolente dans les magnifiques rues de sa nouvelle ville et que la musique réjouissait ses oreilles engourdies et son âme flétrie, elle se surprenait des pensées qui traversaient son esprit. «J’aime ma vie», qu’elle se répétait, comme un mauvais mantra. «J’aime les graffitis, qui viennent colorer l’existence urbaine, j’aime les ”JE T’AIME” peint au stencil sur le trottoir, les bornes fontaine, les marches.» C’est à se demander à qui ces trois mots étaient originalement destinés. Tout le monde? N’importe qui? Cette femme qu’on a croisée deux-trois fois dans sa vie à qui on a juste envie de chanter «you’re beautiful» en loop parce qu’elle hante nos souvenirs? Qui? Cette personne qu’on regarde timidement, discrètement, parce qu’elle nous coupe le souffle? Qui?
Marcher dans une ville envahie de couples amoureux, marchant main dans la main, bras dessus, bras dessous. L’amertume est un concept inexistant, le mal, incohérent. Elle respire de jalousie en sachant pertinemment qu’elle n’est pas prête à s’engager dans une relation. Trop de choses en développement, trop de nouveautés à gérer. Elle se sent pourtant amoureuse et hâtée par des sentiments qu’elle est anxieuse de ressentir à nouveau et pour vrai, cette fois-ci, sans demi-mesure. Et malgré tous les contrastes multicolores, elle ne peut s’empêcher de siffloter les Rita Mitsouko… Les histoires d’amour finissent mal, en général. Douce contradiction.
Elle, c’est moi.
Add comment octobre 30, 2008
une seconde
Elle a rassemblé tout ce qu’elle avait en elle pour crier, jusqu’à s’en épuiser, tout l’air condensé dans ses poumons, tous les aléas avec lesquels elle n’arrivait à composer. Et quand elle s’est retrouvée dehors, assise sous le porche de la maison près de l’escalier tout colimaçonné, elle s’est demandée où elle avait bien pu disparaître. Une seconde, c’est tout ce qu’elle exigeait, pour retrouver le fil de ses pensées, le nœud de ses sentiments. Elle sentait l’abandon, l’exclusion, la brûlure jusque dans ses jambes, un frisson explosif et incandescent à son toucher, tel l’effleurement d’une plume si soyeuse assortie de mille et une échardes. Courir, courir pour se cacher, se cacher. Une seconde, une seule. Et elle pleure, étendue sur le sol, seule, elle se recroqueville sur le moment, se perd dans un étang et attend que la marée s’estompe ou monte. Une seconde, une toute petite pour se déplier et apprécier toute la beauté qu’elle dégage et qu’elle n’a plus sous les yeux, avec elle, dans sa vie.
* soupir *
Elle fait quoi maintenant ?
2 comments octobre 8, 2008
antinomie existentielle
Quelle belle journée pour se sentir vivre et réaliser que je ne suis pas encore morte.
Quelle belle façon de se dire adieu et quelle belle vie qui s’offre maintenant à moi.
Quelle belle idée que d’essayer de survivre jusqu’au prochain bonne nuit souhaité avec envie.
Quelle belle matinée pour s’en foutre éperdument et quel beau coup de pied bien placé pour recommencer. Quelle belle tragédie que de pouvoir commencer à respirer léger.
Quelle belle attente, signe incontestable de patience, que la tombée du crépuscule.
Et comme elles sont belles les larmes transparentes, chaudes, parfaites, qui glissent tout doucement le long de mes joues blanchies par le manque de sommeil, les idées préconçues et l’accumulation de déceptions.
Et dire que demain il faudra répéter les mêmes gestes mécaniques, les mêmes idées maladroites, les mêmes paroles impertinentes, les mêmes mots avachis. Quelle est belle cette vie qui nourrit mes peurs les plus affreuses, ces évidences qui me suivront en fin de compte partout.
Qu’il est beau ce mal qui gruge tranquillement la totalité de mes aspirations les plus secrètes, telles des ombres peintes en noir assombrissant les carreaux d’une existence, fronçant l’ouverture d’esprit, rabattant l’espoir à maintes reprises ressassé.
Tout simplement magnifique.
octobre 8, 2008