Archive for 8 octobre 2008
une seconde
Elle a rassemblé tout ce qu’elle avait en elle pour crier, jusqu’à s’en épuiser, tout l’air condensé dans ses poumons, tous les aléas avec lesquels elle n’arrivait à composer. Et quand elle s’est retrouvée dehors, assise sous le porche de la maison près de l’escalier tout colimaçonné, elle s’est demandée où elle avait bien pu disparaître. Une seconde, c’est tout ce qu’elle exigeait, pour retrouver le fil de ses pensées, le nœud de ses sentiments. Elle sentait l’abandon, l’exclusion, la brûlure jusque dans ses jambes, un frisson explosif et incandescent à son toucher, tel l’effleurement d’une plume si soyeuse assortie de mille et une échardes. Courir, courir pour se cacher, se cacher. Une seconde, une seule. Et elle pleure, étendue sur le sol, seule, elle se recroqueville sur le moment, se perd dans un étang et attend que la marée s’estompe ou monte. Une seconde, une toute petite pour se déplier et apprécier toute la beauté qu’elle dégage et qu’elle n’a plus sous les yeux, avec elle, dans sa vie.
* soupir *
Elle fait quoi maintenant ?
2 comments octobre 8, 2008
antinomie existentielle
Quelle belle journée pour se sentir vivre et réaliser que je ne suis pas encore morte.
Quelle belle façon de se dire adieu et quelle belle vie qui s’offre maintenant à moi.
Quelle belle idée que d’essayer de survivre jusqu’au prochain bonne nuit souhaité avec envie.
Quelle belle matinée pour s’en foutre éperdument et quel beau coup de pied bien placé pour recommencer. Quelle belle tragédie que de pouvoir commencer à respirer léger.
Quelle belle attente, signe incontestable de patience, que la tombée du crépuscule.
Et comme elles sont belles les larmes transparentes, chaudes, parfaites, qui glissent tout doucement le long de mes joues blanchies par le manque de sommeil, les idées préconçues et l’accumulation de déceptions.
Et dire que demain il faudra répéter les mêmes gestes mécaniques, les mêmes idées maladroites, les mêmes paroles impertinentes, les mêmes mots avachis. Quelle est belle cette vie qui nourrit mes peurs les plus affreuses, ces évidences qui me suivront en fin de compte partout.
Qu’il est beau ce mal qui gruge tranquillement la totalité de mes aspirations les plus secrètes, telles des ombres peintes en noir assombrissant les carreaux d’une existence, fronçant l’ouverture d’esprit, rabattant l’espoir à maintes reprises ressassé.
Tout simplement magnifique.
octobre 8, 2008