sans queue ni tête

novembre 11, 2008

Il n’y a pas de bon ou de mauvais. Je suis assise entre les deux, en indien, souhaitant pouvoir m’ouvrir et crier à l’amour déchu, la perfection promise. Je pense que j’essaie trop.

Il n’y a ni jour ni nuit. Seulement des exemples, des modèles ou encore une marche à suivre. Nous sommes assis, les pieds dans le vide, et on se demande où est la passion, cette imperfection aux odeurs subtiles. Je pense que j’en sais trop.

Il n’y a aucune pensée originale. Tout a déjà été fait. Tout a déjà été dit. Alors qu’elle se croit habitée de solitude, elle n’est pas seule. Elle passe inaperçue, mais elle remarque chaque petit détail.

+++++++

Elle s’approche, lui parle. Les mots défilent, coulent comme une longue gorgée de gin (pla)tonique qui enveloppe éthyliquement et délicieusement les parois de son cerveau. Sa langue épaissie et malhabile l’empêche de verbaliser ce qu’elle ressent vraiment, pour la première fois de sa vie. Du haut de ses 19 ans tout neufs, elle s’étonne des sentiments qui s’approprient de son entière personnalité. Il y a monopole d’une émotion. Il y a exploitation d’une ressource. Elle lui voue un amour (in)conditionnel tout à fait présent et un peu imparfait. Vociférer son état d’âme dans le creux de son oreille ou au monde entier, là n’était pas la solution, sachant pertinemment qu’elle perdrait sa vitalité, ses forces et sa fraîcheur comme une fleur sauvage cueillie voilà quelques jours et qui est sur le point de rendre les pétales, ses armes. Elle comprenait qu’elle lui volerait sa liberté et elle préférait plutôt mourir que vivre de cette façon.

Ce matin, la face dans les vapeurs de sa tasse de café frais et fumant, elle lui a presque confessé qu’elle l’aimait. Mais elle s’est prise au piège, enfargée dans ses propos. Embourbement amoureux. Le crachat du morceau à pleine figure se dissoudrait aussi rapidement qu’un sucre candi qu’on tète passivement. Allègrement. À quoi bon? Elle ne voulait en rien changer les choses. Le monde était-il à sa merci? L’humanité est une petite boutique où l’on prend le thé, assis sur des tabourets inconfortables. On se surprend à regarder dans le vide, avec un regard vide, les gens qui nous entourent, tout en prétendant être captivé par un livre aux idéologies douteuses mettant en vedette une Amérique aérienne, alors qu’en réalité on scrute chaque geste, chaque pas, chaque clignement d’yeux de tous les clients qui franchissent le seuil de la porte. Elle assiste chaque jour à un spectacle afin de prendre l’air et de reprendre son souffle. Elle se compare, sème le doute, s’éternise sur des banalités.

Son visage, craquelé par un authentique sourire, s’illumine alors qu’elle détourne son regard qu’elle avait préalablement plongé dans ses yeux si beaux. Ses idées ont pris racine à l’endroit où elles sont supposées naître. Leurs atomes, crochus, se sont mis de la partie, dans la danse ils ont entré afin de créer une poésie, une transe.

++++

Difficile de tout voir depuis qu’il pleut. Cette pluie fait fondre les rues, adoucit tous les recoins, mouille les allées bétonnées où chats et rats se partagent les entrailles des poubelles obèses. Dans le halo des lampadaires, une rosée silencieuse baigne mes souvenirs telle une approbation distante. Tout m’apparaît si irréel dans la pluie. À travers les feuilles, elle murmure les possibilités, me rappelle qu’un rien évoque un tout. Même les pensées les plus insignifiantes réveillent les images les plus belles et les plus scintillantes. Difficile de te voir depuis qu’il pleut. Cette pluie te rend nostalgique et carrément insouciante d’un présent blessant. Préambule d’un avenir incertain ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je ne veux pas savoir, en fait.

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