Archive for février 2009
d’une infinie fragilité
Comment en suis-je arrivée là?
Ce ne sont ni mes bras, ni mon sang, ni mes os.
Ce n’est ni ma croix, ni mes peurs, ni mes pleurs.
Ce n’est ni ma douleur, ni mon lit, ni ma vie.
Elle attend le silence, j’attends ses mots.
Sa carcasse humaine désabusée; mon air abandonné et trahi.
Nos corps s’emboîtaient de la même façon qu’un casse-tête assemblé avec difficulté.
Au fur et à mesure que sa position se modifiait, je me sentais transformée. Je devais changer.
Je souhaitais simplement connaître la vérité, le fond de sa pensée. Et c’est pourquoi j’attendais, patiemment. La perplexité dans laquelle elle me laissait était à peine compréhensible.
Et quand elle me tournait le dos et qu’elle soufflait mon nom, je comprenais que le fardeau était beaucoup trop lourd à porter, et à assumer. La chaleur du soleil empêchait nos ombres de se mêler et de me réconforter.
Non, ce n’est pas la fin.
Les souvenirs se font pourtant si rassurants et plaisants; les sourires sont grands. Mon passé est lié à son présent, évidemment. Je n’y peux rien, sauf peut-être retracer nos débuts amoureux, nos débuts heureux… :
« Je respirais, elle aspirait. Complémentarité. Passion. Nous ressentions le tic-tac enivrant et permanent de minuit. Nous nous découvrions la nuit. Toute la beauté, tout l’amour, toute l’interdépendance du monde nous assaillaient; l’espace entre nous disparut. Elle finissait mes phrases, je partageais ses mots. Qui a dit que le bonheur reconstitué et partagé était ennuyant? Ma main s’étendit afin de recouvrir ses toutes petites épaules nues, exposées à la noirceur de minuit, et apaiser ainsi les frissons de la nuit. L’appétit des premiers jours était assurément assouvi, mais je m’en foutais. J’aimais les jolies pensées, ces images toute douces qui se réveillaient alors que sa chaleur se fusionnait et s’entremêlait à la mienne. À nous deux, nous arrêtions la Terre de tourner pendant un instant; l’humanité en entier vivait au rythme de notre essoufflement amoureux. Je l’avoue, je sentais que, plus jamais je n’aurais à me promener comme une seule âme solitaire et sans vie. J’avais fait de la place dans ma tête, et j’avais déplacé les meubles de ma maison pour qu’elle s’y sente bien. »
Non, ce ne sont décidément ni mes bras, ni mon sang, ni mes os.
Ce n’est ni ma croix, ni mes peurs, ni mes pleurs.
Ce n’est ni ma douleur, ni mon lit, ni ma vie.
Non, c’est mon âme dans toute sa bravoure, c’est mon esprit, c’est mon espoir.
Ainsi, je les laisserai se développer au gré du temps.
C’est ma confiance, mon courage, ma force.
Moi.
février 24, 2009
fatigue
Partie. Elle est partie. Je me demande comment elle se sent. Était-elle déchirée? Voilà à quoi je pensais. Tout ce que je voulais lui souhaiter était bonne chance. Et comme j’aimerais pouvoir vivre sans. Et je devrai, parce qu’elle m’a épuisée. Comme une route érodée par les sels alcalins de nos hivers québécois. J’ai fait tout ce qu’elle m’a dit. Mais j’étais usée. Jusqu’aux genoux. J’ai tout fait pour lui plaire.
Je suis incapable d’arrêter de penser à elle.
Impossible.
Tort. Tu as tort : ma réaction n’est pas exagérée.
C’est seulement qu’il y a quelque chose de bizarre, comme un goût mi-ranci mi-douloureux.
Désagréable.
Pourquoi ne croit-on jamais en nous ? Ironiquement, je lance ma question (rhétorique?) dans sa direction puisqu’elle lui est courageusement adressée. Croire. Je ressens le mot au complet dans toutes les fibres de mon corps comme s’il était un élément vital à mon existence. Et aussi parce que je suis vidée.
Je marche dans une destination opposée, mais avancer avec des genoux usés relève de l’exploit. Elle est d’une machiavélique beauté, trop. Et elle a raison, toujours.
Je suis écœurée de penser à elle, ce soir.
février 9, 2009
fin inopinée
J’essaie de ne pas perdre la tête, mais jamais n’ai-je ressenti autant la peur.
Je vais te dire plutôt ce que je vais faire : je vais me coucher par terre, confortable.
Je vais oublier ce que j’ai fait. Et je vais attendre. Et devenir une simple silhouette.
Tout ce que nous connaissons, c’est la distance.
Nous nous rapprochons puis nous prenons des directions opposées.
Embrasser la différence.
Je sais que tu détestes ça.
Tu essais de ne pas perdre la tienne en boxant littéralement tout ce que tu possèdes.
Ta mère, dans le cadre de la porte. Tu te demandes où sont passées ces années.
Tout ce que je connais, c’est la distance.
Embrasser la différence.
C’est ainsi que se terminera mon histoire.
Les violons n’émettent aucun son. Les pianos se sont tus.
Je sens la terre bouger.
J’ai envie d’y plonger.
février 6, 2009